Unisic ou la chronique d’un fiasco managérial : la rectrice Bayedila se noie dans ses propres contradictions
Le débat autour de l’inadéquation des étudiants en sciences de l’information face aux exigences du webjournalisme a mis à nu les approximations et les contradictions de la gouvernance académique à l’Unisic. Face aux interpellations légitimes des professionnels des médias sur le manque de préparation des stagiaires aux métiers d'aujourd’hui et de demain, la rectrice s'est livrée à un exercice de rétropédalage rhétorique aussi laborieux que révélateur, rejetant la responsabilité sur l'État tout en masquant les décisions hasardeuses de son propre comité de gestion.
L'affaire commence par un constat amer formulé par un ancien de l'institution, aujourd'hui acteur du webjournalisme. Dans les rédactions, les diplômés fraîchement débarqués de l'ex-Ifasic peinent à s'adapter aux mutations numériques et aux codes spécifiques de l'écriture web. Plutôt que de reconnaître l'urgence d'une adaptation structurelle, la réponse de la rectrice a ressemblé à une vaste diversion autobiographique.
Évoquant son propre parcours de journaliste radio, télévision et politique étrangère, elle a promis un changement de regard tout en cherchant des boucs émissaires commodes, affirmant d'un ton désinvolte que les maquettes et les programmes ne relèvent pas de l'initiative des universités mais de l'État congolais.
Une contre-vérité grossière que les faits s'empressent de démonter. En tant qu'université pilote des sciences de l'information et de la communication, l'Unisic dispose d'une pleine autonomie pour proposer des maquettes pédagogiques endossées par la commission permanente des études et validées par le Conseil d'administration des Universités.
Pis encore, la réalité est bien plus accablante pour la direction actuelle. Ancienne conseillère de la ministre sectorielle et ex-doyenne, la rectrice a elle-même piloté et avalisé des programmes avant de se parer d'un manteau réformateur de façade.
À son arrivée aux commandes de l'institution, portée par ce que d'aucuns qualifient d'une incompétence crasse et d'une approche d'apprentis sorciers, le comité de gestion s'est empressé de supprimer d'un trait de plume ce qui faisait la pertinence des réformes précédentes, notamment le département de webjournalisme mis en place sous son prédécesseur Kambayi. Supprimer un tel cursus au moment où le secteur domine le paysage médiatique mondial relève d'une aberration stratégique totale.
Vouloir faire croire que le niveau des étudiants justifie l'absence de formation spécifique est un non-sens absolu. Un étudiant moyen reste un apprenant à part entière qui doit être outillé pour faire face aux exigences du marché, tout comme un médecin, même sortant avec des notes modestes, ne saurait être privé de sa formation pratique.
L'argument de l'État bouc émissaire s'effondre d'autant plus que les universités disposent de l'expertise de leurs professeurs pour concevoir des offres de formation adaptées aux besoins de la communauté.
Ce grand déballage met en lumière un pilotage à vue, dicté par l'émotion et des considérations bien éloignées de l'intérêt académique. Les critiques acerbes qui ciblent la gestion actuelle pointent du doigt une mutation troublante de la rectrice, plus prompte à se refaire une santé financière qu'à consolider les acquis de l'institution.
La preuve irréfutable de cette bévue monumentale réside dans la précipitation avec laquelle elle a récemment dû mettre en place une commission pour tenter de restaurer en catimini la maquette qu'elle avait elle-même sabordée sous le coup de l'impulsion.
À l'heure où les technologies de l'information exigent rigueur, anticipation et modernité, l'Unisic mérite mieux qu'une gouvernance d'amateurs qui tâtonne en improvisant sur l'avenir des journalistes de demain.
Mubalamata Kabeya Synphorien
