RDC : « Gérer la pauvreté au lieu de l'abolir », la charge de l'économiste Jo M. Sekimonyo contre Suminwa et Mukoko
La politique économique du gouvernement congolais, incarnée par les récentes initiatives de la Première ministre Judith Suminwa et du ministre de l’Économie Daniel Mukoko Samba face à la faiblesse du pouvoir d'achat et aux prix pratiqués, est vertement critiquée par l'économiste Jo M. Sekimonyo qui y voit une fâcheuse tendance à vouloir rendre la pauvreté supportable plutôt qu'à créer de la richesse.
En République démocratique du Congo, une conception pour le moins singulière de l'économie politique semble dicter l'action publique. C'est du moins le constat alarmant dressé par Jo M. Sekimonyo, docteur et chancelier de l'Université Lumumba, dans une tribune au vitriol.
À travers les sorties de Judith Suminwa sur le numérique et le lancement de la plateforme de signalement « LOBA » par Daniel Mukoko Samba, l'économiste hétérodoxe décèle une dérive inquiétante : le pouvoir exécutif confondrait l'accompagnement des citoyens avec une simple adaptation commerciale à la misère.
Le mirage d'une prospérité à rabais pour Judith Suminwa
Revenant sur les propos tenus par la cheffe du gouvernement au Vodacom Impact Forum où elle déplorait le faible pouvoir d'achat des Congolais tout en appelant les opérateurs à investir davantage, Jo M. Sekimonyo s'insurge contre ce qu'il qualifie d'« étrange raisonnement économique ».
Pour lui, il est aberrant d'attendre du secteur privé qu'il finance des infrastructures modernes dans un environnement miné par les délestages et les coûts exorbitants tout en lui demandant de se comporter en œuvre philanthropique face à une population exsangue.
« On attend du capital qu'il se comporte comme un investissement lorsqu'il faut construire les réseaux puis comme une œuvre philanthropique lorsqu’il faut en rémunérer l’usage », dénonce l'universitaire, estimant que la rentabilité ne saurait être perçue comme une faveur accordée aux investisseurs mais bien comme un impératif de survie productive. Selon l'auteur, une nation ne s'enrichit pas en exigeant des entreprises qu'elles bradent leurs services mais en permettant à sa population de produire plus et de gagner décemment sa vie.
La traque des prix de Daniel Mukoko Samba au détriment de la qualité
L'offensive se fait plus incisive encore lorsqu'il s'agit d'analyser la plateforme « LOBA » mise en place par le ministère de l'Économie nationale pour permettre aux consommateurs de signaler des abus tarifaires. Pour Jo M. Sekimonyo, cette obsession de la surveillance des prix frise l'aberration libérale. Il s'interroge avec ironie : depuis quand la liberté de fixer un prix constitue telle une faute économique ?
« Un vendeur peut augmenter ses prix pour accroître ses marges ou repositionner son produit sans avoir à obtenir la bénédiction du ministre », martèle l'économiste qui pointe du doigt un double standard flagrant. Il s'étonne de voir le gouvernement s'acharner sur les commerçants ordinaires tout en fermant les yeux sur la médiocrité abyssale des services publics. En effet, s'interroge t on, où est la plateforme permettant aux Congolais de dénoncer les services administratifs défaillants, les hôpitaux publics dysfonctionnels ou les humiliations quotidiennes infligées par l'État ? Pour lui, « LOBA » incarne la manie bureaucratique d'administrer les symptômes de la pauvreté tout en éludant les causes profondes de la faillite institutionnelle et concurrentielle du pays.
Une critique cinglante de la formation des dirigeants
En définitive, le chancelier de l'Université Lumumba livre un réquisitoire implacable contre l'élite dirigeante, s'étonnant que deux personnalités formées à la discipline économique, Judith Suminwa et Daniel Mukoko Samba semblent oublier les rudiments fondamentaux de leur propre cursus au sommet de l'État.
Pour Jo M. Sekimonyo, cette gouvernance axée sur la régulation de la précarité offre certes un confortable paravent politique permettant de se draper dans le costume de défenseur du consommateur face au méchant commerçant mais elle condamne la RDC à un surplace économique tragique. « Il est tragique que deux économistes au sommet de l'État semblent davantage préoccupés par les moyens de rendre la pauvreté supportable que par les conditions permettant aux Congolais d’en sortir », conclut l'expert en appelant à un sursaut radical des paradigmes de développement au pays.
Mubalamata Jérome
