Tribalisme et culpabilité collective : l’arme de destruction massive du développement en RDC

Le Professeur Jo M. Sekimonyo démontre pourquoi la culpabilité collective et la xénophobie détruisent l'État de droit et agissent comme une véritable technologie du sous-développement en RDCRDC.

2 Septembre 2026 - 21:05
2 Septembre 2026 - 21:36
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Tribalisme et culpabilité collective : l’arme de destruction massive du développement en RDC

La question du rejet identitaire et de la citoyenneté en République Démocratique du Congo exige une remise en cause profonde des discours simplistes qui attribuent les guerres intestines à la seule ingérence extérieure. C’est la thèse défendue par le professeur Jo M. Sekimonyo, qui livre un plaidoyer rigoureux contre la criminalisation par l'origine et appelle à refonder la nation sur le principe cardinal de la responsabilité individuelle.

Accuser l'étranger de fabriquer de toutes pièces nos conflits identitaires relève d'une illusion commode. Si des puissances extérieures exploitent, financent ou militarisent ces tensions, la flamme s'allume d'abord sur le terreau de nos propres peurs, rivalités et inégalités non résolues.

La véritable urgence n'est pas de chercher des boucs émissaires hors de nos frontières, mais de comprendre pourquoi notre malaise interne devient une arme politique si facile à manipuler. De même, les débats autour du droit du sol (jus soli) ne sauraient servir de prétexte pour nier l'existence de l'étranger ou altérer la nationalité, qui reste encadrée par des voies légales précises, de la filiation à la naturalisation.

Pour prendre la mesure du danger, une confrontation morale s'impose. Lorsque des violences xénophobes éclatent en Afrique du Sud, personne ne songe à condamner l'ensemble du peuple sud-africain. La justice cherche des coupables précis, des actes documentés et des faits étayés.

Au nom de quel principe la RDC ferait-elle exception en appliquant une culpabilité collective ? L'histoire judiciaire récente offre un parallèle saisissant avec le procès de Jean-Pierre Bemba devant la Cour pénale internationale.

À aucun moment La Haye n'a incriminé l'ethnie Ngbandi, le mouvement politique MLC ou le peuple congolais dans son ensemble. La procédure s'est concentrée sur la responsabilité individuelle d'un homme et, faute de preuves suffisantes en appel, s'est conclue par un acquittement. C'est là l'essence même de l'État de droit : interroger les actes et les preuves, jamais la langue ou l'origine.

Considérer l'identité comme un chef d'accusation constitue un engrenage fatal. On peut traquer un criminel de guerre sans condamner sa communauté, combattre une rébellion sans transformer ses ressortissants en suspects, et dénoncer une agression étrangère sans persécuter ceux qui partagent la culture de l'agresseur.

L'origine explique un contexte ; elle ne prouve jamais un crime. Substituer le soupçon généralisé aux faits revient à adopter la logique même des extrémistes.

Au-delà de l'impératif moral et juridique, la dérive identitaire frappe directement l'économie. Lorsqu'une société attribue l'accès à l'emploi, aux marchés, au crédit ou à la propriété en fonction de l'appartenance réelle ou supposée plutôt que sur la base du mérite et des compétences, elle sabote son propre avenir.

La culpabilité collective renchérit le coût de la confiance, fait fuir les talents, décourage l'investissement et transforme le tribalisme en un système d'accaparement des richesses. À ce stade, la xénophobie et le repli communautaire dépassent le cadre du simple malaise social : ils deviennent une véritable technologie de sous-développement.

Rédaction

newnarratifrdc Créé en 2023, New Narratif RDC est un média en ligne de l'Ets. Groupe New NARRATIF RDC. Dans son traitement d’informations, New NARRATIF RDC accorde l’importance à l’image positive de la République démocratique du Congo et de ses institutions en vue de pérenniser le «CHANGEMENT DE NARRATIF »