Dialogue national : Marie-Paul Awa Kendewa plaide pour un processus inclusif et consensuel
Le dialogue national annoncé par le président Félix-Antoine Tshisekedi pourra-t-il réellement contribuer à restaurer la paix et renforcer la cohésion nationale ? Pour Marie-Paul Awa Kendewa, analyste politique et enseignant-chercheur en relations internationales à l’Université de Kisangani, la réussite de ce processus dépendra avant tout de son caractère inclusif, de sa crédibilité et de la participation effective des principales composantes de la classe politique congolaise.
Le processus est entré dans une nouvelle phase avec la signature, le 13 septembre 2026, par le chef de l’État, de l’ordonnance portant mise en place du mécanisme chargé de préparer le dialogue national annoncé le 27 août dernier. Cette structure constitue une étape préalable à l’organisation des consultations devant conduire à la mise en place de la commission préparatoire du dialogue.
Le mécanisme comprend notamment un coordonnateur, un coordonnateur adjoint ainsi que plusieurs membres désignés par le président de la République. Il prévoit également la possibilité de faire appel à d’autres personnalités en raison de leur expertise. Un secrétariat technique composé de onze experts, également désignés par le chef de l’État, est chargé d’appuyer le processus.
Au-delà de cette architecture institutionnelle, l’enjeu principal demeure toutefois celui de l’inclusivité et de la représentativité. Alors que certaines voix de l’opposition évoquent déjà la possibilité de boycotter le processus, Marie-Paul Awa Kendewa estime qu’une éventuelle exclusion de certains acteurs politiques pourrait fragiliser les chances d’aboutissement du dialogue.
« Le président avait promis de matérialiser le dialogue et, aujourd’hui, nous voyons la première étape avec la mise en place du mécanisme chargé de préparer la concrétisation dudit dialogue. Je reste sceptique sur l’aboutissement de ce processus si certaines parties restent écartées », analyse-t-il.
Éviter une démarche susceptible d’alimenter la méfiance
Pour cet enseignant-chercheur, le chef de l’État devrait privilégier une démarche fondée sur la responsabilité, la concertation et la recherche du consensus. Une sélection controversée des participants, prévient-il, pourrait renforcer la méfiance au sein de l’opposition et affecter la crédibilité du processus.
« Le président devrait mettre en œuvre toutes les stratégies nécessaires pour accélérer le processus. Avec ce genre d’activités, on peut avoir l’impression qu’il cherche à jouer avec l’opposition. Une telle démarche risque de pousser l’opposition à boycotter le processus, ce qui pourrait, à terme, conduire le président à choisir ou à sélectionner lui-même les participants », prévient-il.
Dans cette perspective, Marie-Paul Awa Kendewa appelle au respect des procédures et à une implication suffisamment précoce des différentes personnalités susceptibles de prendre part aux discussions. Selon lui, l’inclusivité ne devrait pas se limiter à une déclaration de principe, mais se traduire par des démarches concrètes auprès des acteurs concernés.
« Nous devons donc procéder de manière intelligente et respecter les procédures. Si l’objectif est d’inviter des personnalités comme Corneille Nangaa ou Joseph Kabila, il faudrait qu’elles soient préalablement informées et officiellement saisies, suffisamment à l’avance. C’est à cette condition que le dialogue pourra être inclusif et crédible », souligne-t-il.
La crédibilité au cœur du processus
Pour l’analyste politique, la réussite du dialogue national ne devrait ainsi pas être mesurée uniquement à l’aune de la mise en place de ses structures préparatoires. Elle devra surtout être appréciée à travers la capacité des autorités à réunir autour d’une même table les différentes composantes et les protagonistes de la crise congolaise.
L’enjeu sera donc de créer les conditions d’un dialogue véritablement ouvert, transparent et représentatif, capable de dépasser les clivages politiques et de favoriser l’émergence d’un consensus national.
Pour Marie-Paul Awa Kendewa, c’est à ce prix que le dialogue pourra répondre aux attentes placées en lui : contribuer durablement à la paix, consolider la cohésion nationale et ouvrir la voie à une véritable refondation de l’État.
Matthieu KINGANDA
