INFRASTRUCTURES : Kinshasa accuse un déficit de 83 % de routes, le ministre John Banza annonce un plan d'urgence national
Le constat est sans appel et met en lumière l'immensité du chantier de la mobilité urbaine. La ville-province de Kinshasa fait face à un important et structurel déficit d’infrastructures routières. Sur un besoin total estimé à 6 000 kilomètres de voirie urbaine pour fluidifier le trafic, la capitale congolaise ne dispose actuellement que d’environ 1 000 kilomètres aménagés, soit à peine 17 % des besoins réels.
Ces chiffres chocs ont été révélés par le Ministre des Infrastructures et Travaux publics (ITP), John Banza. Cette déclaration est intervenue lors d’un briefing de presse conjoint animé ce mardi 9 juin 2026 avec le Ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, un rendez-vous médiatique exclusivement consacré à l’état d’avancement des grands projets d’infrastructures à travers le pays.
Avec une superficie tentaculaire proche de 10 000 km² et une population estimée à plus de 18 millions d’habitants, Kinshasa illustre de manière critique le décalage croissant entre l’expansion urbaine galopante et le développement des infrastructures de mobilité. Face à ce défi, le Ministre des ITP s'est voulu pragmatique : « Nous travaillons aujourd’hui d'arrache-pied pour atteindre et stabiliser progressivement ce premier seuil de 1 000 kilomètres aménagés et praticables, tout en planifiant les investissements massifs encore nécessaires pour combler le gap. »
Pour clarifier la répartition des responsabilités, John Banza a rappelé que la gestion de la voirie urbaine relève constitutionnellement de la compétence exclusive des provinces. Le Gouvernement central n'agit pas en substitut, mais en partenaire stratégique. Le ministre a précisé que « l’exécutif central intervient principalement à travers le financement sécurisé, la validation des études techniques de pointe et l’accompagnement direct de projets structurants ».
Cette dynamique de modernisation nationale est d'ailleurs en cours de déploiement dans d'autres villes intérieures comme Bunia, Mbuji-Mayi, Kalemie, Lodja, Kabinda, Luputa, Lumumba-Ville et Tshikapa.
Au niveau national, le bilan routier affiche une courbe ascendante encourageante. Le réseau routier interconnecté est passé d’environ 3 000 kilomètres asphaltés en 2019 à près de 8 000 kilomètres aujourd’hui. Cette progression s’inscrit dans la vision globale des autorités visant à renforcer l’intégration territoriale et à connecter les grands pôles économiques. Au cœur de cette stratégie se trouve la Route nationale n°1 (RN1), un axe titanesque de près de 3 300 kilomètres.
Le Ministre Banza a rappelé son importance : « La RN1 est un cordon ombilical stratégique destiné à relier directement le futur port en eau profonde de Banana jusqu'au Haut-Katanga pour fluidifier le commerce national. »
L'autre annonce majeure du briefing concerne la modernisation de la Route nationale n°2 (RN2), dont la première phase couvre 1 080 kilomètres. Ce projet prévoit une révolution technique majeure. Le ministre des ITP a déclaré avec fierté : « Le projet de la RN2 inclut la construction de la toute première autoroute à deux fois deux voies de l’histoire de la République démocratique du Congo. »
Ce projet d'envergure intègre également un défi d'ingénierie civile : un pont de 714 mètres de long pour enjamber les coupures géographiques entre les provinces de la Lomami et du Maniema. « Cet ouvrage d'art deviendra officiellement le deuxième plus long pont de la RDC, juste après le mythique pont Maréchal du Kongo Central », a spécifié John Banza, confirmant que des chantiers similaires avancent sur les RN4, RN6, RN7, RN8, RN16 et RN17.
Au-delà du bitume, le gouvernement s'attaque au vide réglementaire qui a longtemps plombé la durabilité des travaux en RDC. Le ministre est longuement revenu sur les conclusions de la première Conférence nationale sur les infrastructures, organisée sous l’impulsion directe du Président de la République. L’objectif est de standardiser la qualité des chantiers sur toute l'étendue du territoire.
Sur ce point précis, le constat du ministre s'est fait historique et sans concession : « Il faut avoir le courage de dire que depuis notre indépendance, le pays ne s’est jamais véritablement doté de normes nationales strictes dans le domaine de la construction publique. » Pour y remédier, un processus de réflexion technique de dix mois a été officiellement lancé afin d’établir un cadre normatif rigoureux destiné à améliorer la qualité, la durabilité et la sécurité des infrastructures futures.
Pour le Gouvernement, ces investissements massifs dans le réseau routier ne sont pas de simples dépenses de prestige, mais un levier essentiel de croissance macroéconomique. Dans un pays-continent où les distances géographiques représentent encore le premier obstacle aux échanges commerciaux, le développement interconnecté des routes, des ponts et des voiries urbaines apparaît désormais comme le facteur déterminant pour booster la compétitivité, intégrer les marchés agricoles et renforcer l’attractivité économique de la RDC.
Guyvenant Misenge
