BCC : Jo Sekimonyo défie André Wameso et dénonce « la doctrine du minimum de bien et du maximum de mal »
Après plus de quatre mois d'attente, la Banque Centrale du Congo (BCC) a finalement répondu aux propositions adressées par l'économiste et chancelier de l'Université Lumumba, Jo M. Sekimonyo.
Dans une longue tribune, ce dernier salue le rappel par le gouverneur André Wameso du cadre constitutionnel qui encadre les missions de l'Institut d'émission, tout en dénonçant ce qu'il qualifie de « doctrine du minimum de bien et du maximum de mal » dans l'action publique.
Selon Jo Sekimonyo, la Banque Centrale invoque régulièrement les limites de ses compétences lorsqu'il s'agit d'encourager l'innovation financière ou de soutenir l'émergence de nouveaux outils économiques. En revanche, estime-t-il, cette prudence disparaît souvent lorsqu'il est question d'imposer de nouvelles contraintes aux citoyens et aux entreprises.
« L'État fait preuve du minimum d'audace lorsqu'il s'agit de libérer les forces productives du pays et du maximum de volontarisme lorsqu'il s'agit d'étendre les restrictions », affirme-t-il.
La polémique sur l'interdiction des paiements en devises
L'économiste revient notamment sur le communiqué publié par la BCC le 9 avril 2026 visant à interdire les transactions en espèces en devises étrangères.
Pour lui, le débat ne porte pas sur la pertinence de la dédollarisation, qu'il juge légitime, mais sur la compétence juridique de la Banque Centrale à imposer une telle mesure.
S'appuyant sur les articles 122, 126 et 176 de la Constitution, il soutient que l'indépendance de la Banque Centrale ne lui confère pas un pouvoir législatif lui permettant de modifier les règles applicables aux transactions privées par simple voie administrative.
Considérant qu'il existe un doute sérieux sur la constitutionnalité de cette décision, Jo Sekimonyo annonce avoir décidé de saisir la Cour constitutionnelle afin qu'elle tranche définitivement la question.
Une BCC appelée à favoriser l'innovation financière
Au-delà du débat juridique, l'universitaire estime que la Banque Centrale devrait concentrer davantage ses efforts sur la modernisation du système financier national.
Il déplore notamment les difficultés rencontrées par les entrepreneurs congolais pour accéder aux infrastructures de paiement locales, alors qu'ils peuvent intégrer en quelques minutes des solutions internationales comme PayPal, Visa, Mastercard ou Flutterwave.
Pour lui, les API bancaires et les plateformes de paiement représentent aujourd'hui ce que les routes et les ports représentaient à l'ère industrielle : des infrastructures essentielles au développement économique.
Il appelle ainsi la Banque Centrale à imposer aux banques et aux opérateurs de Mobile Money l'ouverture de leurs interfaces de paiement, afin de favoriser le commerce électronique, l'innovation et l'entrepreneuriat numérique.
Nzimbu, un projet de souveraineté numérique congolaise
Jo Sekimonyo plaide également pour la création d'un système national de paiement numérique baptisé « Nzimbu », en référence à l'ancienne monnaie du Royaume Kongo.
Inspiré des modèles développés au Brésil, en Inde ou en Chine, ce système viserait à offrir des transactions à faible coût tout en renforçant la souveraineté numérique et financière de la RDC.
Selon lui, la Banque Centrale dispose déjà, à travers la Constitution et la loi sur les systèmes de paiement, des bases légales nécessaires pour soutenir de telles initiatives.
La dédollarisation doit commencer par l'État
L'économiste estime par ailleurs que la politique de dédollarisation ne peut réussir que si les pouvoirs publics montrent l'exemple.
Il souligne que plusieurs services de l'État continuent d'être facturés ou indexés en devises étrangères, tandis que certains agents publics perçoivent encore une partie de leurs rémunérations en dollars américains.
« Une monnaie ne devient pas forte parce qu'elle est imposée. Elle devient forte parce qu'elle est utilisée », rappelle-t-il.
Pour une réforme du mandat de la Banque Centrale
Dans la dernière partie de son analyse, Jo Sekimonyo propose une réforme majeure du mandat de la Banque Centrale du Congo.
Il annonce préparer une initiative législative visant à instaurer un double mandat pour l'Institut d'émission : préserver la stabilité des prix tout en poursuivant un objectif explicite de plein emploi.
Cette réforme, inspirée de certaines banques centrales modernes, permettrait selon lui d'adapter l'institution aux défis du développement économique, de la création d'emplois et de la transformation productive du pays.
L'universitaire invite même le gouverneur André Wameso à soutenir officiellement cette démarche auprès du Parlement.
Deux visions du développement
Au terme de sa réflexion, Jo Sekimonyo estime que le débat dépasse largement la personne du gouverneur de la Banque Centrale.
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