DROIT DE RÉPONSE DE JOSÉ MPANDA : LES CONGOLAIS LUI DEMANDENT DES ACTES, PAS UNE GUERRE DE COMMUNICATION (Tribune)
Les Congolais ont lu le droit de réponse du Cabinet de José Mpanda Kabangu. Et une chose doit être rappelée : la visibilité internationale dont le ministre se prévaut aujourd’hui n’est pas née avec lui. Elle est le résultat d’un travail institutionnel qui a mobilisé plusieurs gouvernements, plusieurs responsables du secteur et l’administration des Postes et Télécommunications.
Le dossier du rapatriement du siège de l’UAT à Kinshasa, par exemple, était déjà officiellement suivi par le Gouvernement avant l’arrivée de José Mpanda : en décembre 2024, le ministre alors en charge des Postes, Télécommunications et Numérique avait présenté au Conseil des ministres l’état du processus et les conditions déjà mises en œuvre.
Lors de la passation avec Augustin Kibassa en août 2025, le rapatriement de l’UAT figurait encore parmi les dossiers majeurs transmis au nouveau ministre, et José Mpanda avait lui-même reconnu le « travail remarquable » réalisé par son prédécesseur.
Il est donc légitime de demander au ministre de respecter cette continuité de l’action publique. Il peut revendiquer sa contribution, mais il ne peut pas réécrire l’histoire du secteur en faisant croire que tout aurait commencé avec son arrivée. La visibilité actuelle de la RDC dans les instances internationales est le résultat du travail de plusieurs acteurs, avec une contribution importante de ses prédécesseurs, de l’administration et de l’ensemble de l’appareil gouvernemental.
Mais pendant que le Cabinet célèbre ce bilan international, les Congolais attendent des réponses sur les problèmes qu’ils vivent aujourd’hui. Que fait le ministre avec son collègue des Infrastructures lorsque les travaux routiers endommagent les câbles de fibre optique ? Que fait-il pour renforcer la coordination entre les ministères, les opérateurs et les services techniques ? Pourquoi transformer les difficultés du secteur en une bataille de communication avec le régulateur au lieu de travailler avec lui ?
Et la 5G ?
Sur la 5G, le Cabinet présente le problème comme si le régulateur n’avait qu’à appuyer sur un bouton pour « libérer » la technologie. C’est une présentation réductrice d’un dossier qui comporte des enjeux techniques, réglementaires, de spectre, d’infrastructures et d’autorisation. Le passage à la 5G exige donc un travail coordonné entre les différentes parties prenantes, et non la désignation d’un responsable unique.
Le ministre doit comprendre que la technique ne se décrète pas par communiqué. Si des obstacles existent, son rôle est de réunir les acteurs compétents, de les identifier et de contribuer à leur résolution.
Les Congolais comprennent parfaitement que le secteur est confronté à des difficultés structurelles : déficit énergétique, insuffisance des infrastructures, forte croissance de la demande en données, saturation de certains réseaux et dommages causés aux infrastructures lors de certains travaux. C’est justement pour cela qu’ils attendent des responsables publics du travail, de la coordination et de la responsabilité, et non une succession de polémiques.
Le régulateur doit faire son travail. Les opérateurs doivent faire le leur. Le ministère doit assumer ses responsabilités. Les autres ministères concernés doivent également jouer leur rôle. Personne ne demande au ministre de porter seul le secteur, mais personne ne lui demande non plus de chercher systématiquement un responsable ailleurs lorsque les problèmes persistent.
Et surtout, le ministre doit comprendre que son véritable adversaire n’est pas le régulateur. Son véritable défi, ce sont les difficultés du secteur et les attentes de millions d’abonnés. Dans un pays où l’accès à l’électricité reste difficile et où les infrastructures télécoms demeurent insuffisantes, chaque institution devrait unir ses efforts plutôt que fragiliser celle qui est chargée de réguler le secteur.
Les Congolais n’ont donc pas besoin d’une guerre de communicateurs. Ils veulent une fibre protégée, des réseaux plus performants, une meilleure qualité de service, des infrastructures renforcées et une 5G préparée sérieusement.
La visibilité internationale est une bonne chose. Mais elle ne doit pas devenir un écran derrière lequel on évite les problèmes du quotidien. Un ministre est là pour travailler avec les institutions, résoudre les difficultés et rendre compte. Le reste n’est que communication.
Aristote Nsabwa
