L’UNISIC sous l’ère Bayedila : Du sanctuaire du savoir à la république des privilèges (Éditorial)

31 Mai 2026 - 16:46
31 Mai 2026 - 16:55
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L’UNISIC sous l’ère Bayedila : Du sanctuaire du savoir à la république des privilèges (Éditorial)

L’université n’est pas une entreprise commerciale, encore moins un butin de guerre. Elle est, par essence, le sanctuaire inviolable du savoir, le laboratoire de la pensée critique et le temple de la méritocratie. C’est le lieu sacré où se façonne l’avenir de la nation, où s’élaborent les réponses scientifiques aux défis de notre société et où se transmettent les valeurs de justice, d’équité et d’excellence. 

Pourtant, depuis l’avènement en décembre 2025 du comité de gestion placé sous la direction de la professeure Espérance Bayedila, l'Université des Sciences de l'Information et de la Communication (UNISIC) offre le spectacle désolant d’une dérive managériale sans précédent. Une dérive où l'intérêt général s'efface brutalement devant l'appétit des dirigeants.

Pendant que la rigueur budgétaire est brandie comme un dogme austère pour justifier des coupes sombres et exiger des sacrifices à la base, une réalité chiffrée, indécente, vient doucher les illusions de la communauté universitaire : « l’explosion spectaculaire et unilatérale des primes octroyées à la rectrice, à ses pairs du comité de gestion et à leurs courtisans immédiats. »

  • Les chiffres démontrent une opulence insolente du sommet face au dénuement de la base

Les documents internes qui filtrent aujourd'hui des bureaux feutrés de l'administration ne laissent place à aucun doute. Nous ne parlons pas d'ajustements techniques, mais d'un pillage en règle des ressources de l'institution au profit d'une oligarchie transitoire. Du jour au lendemain, le sommet de la pyramide s’est octroyé des revalorisations vertigineuses, se traduisant par un doublement quasi systématique des acquis initiaux. 

Au cœur de cette frénésie financière, la prime de la rectrice Espérance Bayedila Bakanda culmine désormais à un montant indécent de 5 000 dollars contre 2 500 dollars auparavant. Le Secrétaire Général Académique George Wawa lui emboîte le pas, voyant son enveloppe bondir de 2 200 dollars à 4 500 dollars. 

Cette boulimie n'épargne aucune fonction de commandement : le Secrétaire Général à la Recherche Pierre Nsana s'élève à 4 000 dollars, le Secrétaire Général Administratif Richard atteint 3 600 dollars, et l’Administrateur du Budget Alberthine Manika s'octroie 3 300 dollars.

Cette politique des privilèges s’étend, par capillarité, à l’entourage direct de la direction. Les cabinets ministériels n'ont rien à envier à la cour de l'UNISIC. Fabrice Akaa, illustre cumulard, perçoit une enveloppe globale de 1 400 dollars en associant ses fonctions de Directeur de Cabinet faisant intérim et de Conseiller académique. 

Dans ce sillage de l'opulence, le conseiller administratif Miriame Tshimungu s’élève à 600 dollars, le secrétaire administratif Kulabuku s'installe confortablement à 500 dollars, et le chargé de courrier du cabinet de la Rectrice, Henrique Muamba, double ses émoluments pour atteindre 300 dollars. Une générosité qui ruisselle sur le reste de la chaîne bureaucratique, où les assistants principaux émargent à 600 dollars, les opérateurs de saisie à 300 dollars et les chargés de courrier des autres cabinets à 250 dollars.

  • Le corps enseignant perçoivent les miettes

Ces arbitrages budgétaires, validés et signés par la rectrice Espérance Bayedila, ne sont pas seulement une erreur de gestion ; ils constituent une agression éthique contre ceux qui font vivre l'université. Comment justifier l'injustifiable lorsqu'on confronte ce train de vie avec la détresse du corps enseignant ? 

Aujourd'hui, à l'UNISIC, un Chef de Travaux, pilier de la transmission des connaissances, survit avec une prime dérisoire d'environ 250 dollars. Un Assistant universitaire, qui incarne l'avenir de la recherche scientifique congolaise, touche à peine 220 dollars. Dans le même temps, un simple porteur de sac, le chargé de courrier du cabinet de la Rectrice, émarge à 300 dollars.

Le constat est d'une violence inouïe : Sous l'ère Bayedila, transporter les parapheurs de l’autorité supérieure rapporte davantage que de former les élites de demain ou de produire de la science. Ce déséquilibre cynique insulte l'intelligence, humilie les chercheurs et envoie un signal de mépris inédit au corps professoral. La rectrice a choisi son camp : celui des courtisans au détriment des savants.

  • Le bilan des 9 mois : La guillotine sociale et l’opacité budgétaire

Qu'a produit cette gouvernance depuis décembre 2025 ? Le bilan se résume en deux mots : purges et opacité. La feuille de route du comité de gestion s’est ouverte par la révocation brutale de 247 agents. Des professeurs, des assistants, des administratifs et des ouvriers ont été jetés dans la précarité la plus totale sous le prétexte fallacieux d'un assainissement économique. 

Pendant que l'on coupait les têtes à la base, on augmentait les verres au sommet. Pour masquer ce coup de force, la direction a accouché d'un monstre comptable : un budget tronqué de neuf mois au lieu de douze, aveu flagrant d'une incapacité chronique à projeter l'avenir de l'institution, le tout verrouillé par un black-out communicationnel total.

Face à cette austérité à géométrie variable, le personnel et les étudiants cherchent désespérément les traces du changement. Où sont les investissements dans les infrastructures de cette université historique ? Où sont les laboratoires de recherche modernes ? Où sont les innovations pédagogiques promises à l’ère du numérique ? Les sacrifices imposés aux plus faibles n'ont servi qu'à financer le confort insolent d’une oligarchie administrative transitoire.

  • La corruption : la trahison des clercs syndicaux

Le dégoût de la communauté universitaire atteint son paroxysme face au silence assourdissant des structures censées la défendre. Les langues se délient au sein des syndicats SIECO et USC, où des délégués épris de justice dénoncent une complicité achetée. Des accusations précises font état de compensations financières directes versées pour étouffer toute velléité de contestation.

Plus infamant encore : une somme de 3 000 dollars américains aurait été discrètement décaissée des caisses de l'université pour régler la « garantie locative personnelle » d'un haut responsable syndical. Si ces allégations d'un troc éhonté — le confort immobilier d'un leader contre la survie de 247 familles sacrifiées — attendent d'être traduites devant les instances judiciaires, l'inertie des syndicats face aux dérives de la rectrice Bayedila sonne comme un aveu de trahison.

  • Après le contrôle parlementaire, l’IGF également invitée pour briser l'omertà

La communauté universitaire ne se taira plus. L’heure n’est plus aux négociations de couloir ni aux arrangements de salon. Devant l’ampleur de ce scandale des rémunérations, les enseignants, les étudiants et les personnels administratifs exigent une rupture immédiate avec la culture de l'opacité.

La saisine immédiate de l’Inspection Générale des Finances (IGF) est désormais une exigence non négociable. Seul un contrôle indépendant et rigoureux permettra de jeter une lumière crue sur la gestion financière de la rectrice Bayedila, d'autopsier la légalité des révocations massives et de tracer chaque dollar évaporé dans les cabinets. 

À cela doit s’ajouter la reddition de comptes suprême : la publication intégrale et sans délai du budget de l’université. L’UNISIC est un établissement public, financé par l’argent du contribuable congolais et par les sacrifices financiers des familles des étudiants. Ceux qui paient ont le droit de savoir si leur argent finance l'éducation de la jeunesse ou le train de vie fastueux de leurs dirigeants.

  • L’UNISIC au carrefour de son destin

Au-delà des chiffres, la crise qui secoue l’UNISIC pose une question fondamentale qui interpelle la conscience nationale : l’université publique doit-elle servir la mission sacrée de la science ou le confort éphémère d’une élite managériale ?

L’histoire de notre enseignement supérieur oubliera vite les communiqués de presse lénifiants et les dénis du comité de gestion actuel. Elle ne retiendra que les actes. En choisissant de gonfler ses privilèges tout en sabrant dans les effectifs et en humiliant ceux qui produisent le savoir, la professeure Espérance Bayedila inscrit son mandat en lettres de honte. La rectrice doit se réveiller : l’UNISIC n’est pas un patrimoine privé. 

La transparence va s'imposer, l'IGF va enquêter, et l'université devra réapprendre sa véritable vocation : servir le savoir, et non la caste des privilégiés.

Aimé Kuyumisa journaliste d'investigation et envoyé spécial des enquêtes  

newnarratifrdc Créé en 2023, New Narratif RDC est un média en ligne de l'Ets. Groupe New NARRATIF RDC. Dans son traitement d’informations, New NARRATIF RDC accorde l’importance à l’image positive de la République démocratique du Congo et de ses institutions en vue de pérenniser le «CHANGEMENT DE NARRATIF »