Quand l’École de journalisme poursuit ses propres journalistes : appel au Président Félix Tshisekedi pour défendre la liberté de la presse menacée par la Rectrice de l’UNISIC
La plainte déposée contre plusieurs médias et journalistes par la Rectrice Bayedila soulève une question fondamentale : comment l’université qui forme les journalistes peut-elle se retrouver en confrontation avec la presse et ceux qui exercent le métier qu’elle enseigne depuis des décennies ?
L’UNISIC a toujours été présentée comme le sanctuaire de la liberté d’expression, de l’esprit critique et du débat contradictoire. Pourtant, la direction actuelle semble privilégier la voie judiciaire face aux critiques, donnant ainsi l’impression que la contradiction et le contrôle citoyen sont devenus des menaces plutôt que des éléments normaux de la vie démocratique.
Kambayi critiqué, mais toujours au-dessus de la mêlée
Pendant quatre années, le Professeur Émérite Jean Richard Kambayi Bwatshia a dirigé l’UNISIC dans un contexte parfois marqué par des critiques virulentes, des attaques médiatiques et des campagnes de dénigrement venant souvent des mêmes acteurs aujourd’hui poursuivis.
Malgré cela, il n’avait jamais fait du recours à la justice sa principale réponse. Il avait choisi de répondre par le travail, les résultats, le dialogue et la sérénité, convaincu qu’un responsable public doit savoir supporter la critique et demeurer au-dessus de la mêlée.
Cette attitude traduisait une certaine hauteur de vue et une compréhension simple de la gestion publique : ce sont les résultats qui répondent durablement aux critiques.
Une université se dirige par la gouvernance, pas par les plaintes
Les responsables d’institutions publiques sont naturellement exposés au regard de l’opinion publique. Ils sont appelés à rendre des comptes et à accepter que leurs décisions fassent l’objet d’analyses, de commentaires et parfois de critiques sévères.
La meilleure réponse à ces critiques demeure la transparence, la bonne gouvernance et les réalisations concrètes. Lorsqu’un dirigeant produit des résultats visibles, les attaques finissent souvent par perdre leur impact.
Liberté de la presse : un principe que l’UNISIC devrait défendre
Ce qui inquiète davantage dans cette affaire, c’est l’impression d’une restriction progressive de la liberté de la presse. Le droit congolais reconnaît pourtant clairement la protection du travail journalistique. L’Ordonnance-loi n°23/009 du 13 mars 2023 consacre le principe du secret des sources journalistiques. Elle prévoit que les journalistes ne peuvent être contraints de révéler leurs sources d’information et garantit leur droit d’accès aux informations d’intérêt public.
Cette protection existe précisément pour permettre aux journalistes d’informer la population sans exposer les citoyens qui dénoncent des faits d’intérêt général à des représailles ou à des intimidations.
Ainsi, lorsqu’un journaliste publie des informations obtenues auprès de sources ayant requis l’anonymat, il agit dans un cadre légal reconnu par la législation congolaise, sous réserve du respect des règles professionnelles et déontologiques.
Les institutions publiques doivent accepter un contrôle plus exigeant
Dans une démocratie, les responsables des institutions publiques ne bénéficient pas du même niveau de protection contre la critique que les simples particuliers. Lorsqu’il s’agit de la gestion d’un service public, le débat d’intérêt général doit pouvoir s’exprimer librement.
La défense des journalistes pourrait d’ailleurs soutenir que les dirigeants d’une université publique comme l’UNISIC sont naturellement soumis à un niveau plus élevé de contrôle, de critique et d’évaluation de l’opinion publique, précisément parce qu’ils gèrent une institution appartenant à la Nation. La critique de la gestion publique ne devrait donc pas être systématiquement assimilée à une attaque personnelle.
L’intimidation n’est pas une politique de communication
Pour la coordination du Collectif des agents révoqués, la multiplication des plaintes contre des médias, des journalistes et des voix critiques risque d’être perçue comme une forme d’intimidation susceptible d’installer un climat de peur et d’autocensure.
Elle estime qu’une université digne de ce nom doit être un espace de débat, de contradiction et de liberté intellectuelle. Pour elle, l’UNISIC mérite un leadership capable de convaincre par les résultats, de répondre par les arguments et de rassurer par la transparence. Car l’histoire retiendra davantage la qualité d’une gouvernance que le nombre de plaintes déposées contre ceux qui osent poser des questions.
Selon l’ensemble du personnel au sein du Collectif des agents révoqués, la meilleure réponse aux critiques n’est pas la peur. Elle reste la compétence, la bonne gouvernance, la communication institutionnelle et les résultats qui parlent d’eux-mêmes.
Pour ces agents, la Rectrice ayant fait déjà 3 mois d’absence, elle ne peut plus engager l’Université. Elle est démissionnaire conformément à l’Instruction académique.
Une institution publique grandit lorsqu’elle répond aux critiques par la vérité et les résultats ; elle s’affaiblit lorsqu’elle tente de répondre à la critique par l’intimidation.
Gustave Mawete, Stagiaire
