RDC : Placide Mbala appelle à la prudence malgré le recul de l’épidémie d’Ebola en Ituri
Le directeur de la recherche, des essais cliniques et de l’innovation à Africa CDC, le professeur Placide Mbala, a dressé un état des lieux de la riposte contre l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo. Lors d’un briefing consacré à l’évolution de l’épidémie, le scientifique a confirmé que la courbe épidémiologique avait dépassé son pic et amorçait une phase descendante, particulièrement en Ituri, tout en appelant à maintenir la vigilance.
Selon le chercheur, la baisse observée dans l’épicentre de l’épidémie constitue un signal encourageant, notamment dans plusieurs zones considérées comme des « points chauds ». La diminution du nombre quotidien de cas confirmés et de décès témoigne, selon lui, de l’impact des mesures mises en œuvre par les équipes de riposte. Il estime toutefois nécessaire d’attendre plusieurs semaines avant de tirer des conclusions définitives sur l’évolution de la situation.
Une évolution contrastée selon les provinces
La dynamique épidémiologique demeure cependant contrastée à l’échelle nationale. Alors que l’Ituri enregistre une tendance à la baisse, d’autres provinces touchées, notamment le Nord-Kivu, ont connu une progression des nouvelles contaminations ces dernières semaines. Africa CDC avait déjà alerté sur la propagation de l’épidémie au-delà de son épicentre, avec une hausse des cas observée dans certaines provinces voisines.
Cette situation impose, selon le professeur Placide Mbala, de poursuivre intensivement la surveillance épidémiologique et le suivi des personnes ayant été en contact avec des cas confirmés. L’objectif est notamment d’améliorer la couverture du suivi des contacts afin de rompre les chaînes de transmission.
Vaccination et prévention post-exposition
La riposte repose également sur la vaccination et sur des approches innovantes de prévention. Le professeur Mbala participe notamment à l’essai clinique EBO-PEP, consacré à l’évaluation d’une stratégie de prophylaxie post-exposition destinée aux personnes fortement exposées au virus Ebola de type Bundibugyo. L’objectif est de déterminer si certaines molécules antivirales peuvent empêcher l’apparition de la maladie chez des personnes récemment exposées.
Africa CDC indique que cet essai est mené avec plusieurs partenaires nationaux et internationaux, sous la coordination notamment de l’INRB et de l’ANRS Maladies infectieuses émergentes. Le professeur Placide Mbala figure parmi les co-investigateurs principaux de cette étude.
Cette approche est particulièrement importante dans le contexte actuel, marqué par la circulation du virus Bundibugyo, pour lequel l’absence de vaccin spécifique complique davantage la prévention. Les chercheurs espèrent ainsi déterminer si une intervention thérapeutique administrée après une exposition à risque peut réduire le risque de développer la maladie.
Des signaux encourageants, mais pas de relâchement
Malgré l’amélioration observée en Ituri, les autorités sanitaires et les scientifiques recommandent donc de ne pas relâcher les efforts. L’expansion de l’épidémie à plusieurs provinces, ainsi que les mouvements de population et les difficultés opérationnelles dans certaines zones, continuent de représenter des facteurs de risque.
Pour le professeur Placide Mbala, la baisse de la courbe constitue une avancée importante, mais sa consolidation dépendra du maintien des mesures de surveillance, du suivi des contacts, de la vaccination des personnes à risque et de la poursuite des recherches cliniques.
L’enjeu reste désormais de transformer cette tendance favorable en interruption durable des chaînes de transmission et, à terme, en contrôle définitif de l’épidémie.
Christian Mutombo
