RDC–BCC : André Wameso interpellé sur sa vision de la modernisation bancaire
L’économiste Jo M. Sekimonyo critique les voyages à l’étranger du gouverneur de la BCC, André Wameso. Il plaide pour une modernisation financière axée sur l'expertise locale, l'audit des compétences nationales et la création d'un forum de recherche à Kinshasa.
Les récents déplacements du gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC), André Wameso, pour participer à des forums technologiques internationaux suscitent de vives critiques au sein du monde académique. Dans un plaidoyer incisif, l’économiste politique Jo M. Sekimonyo invite la Banque centrale à privilégier l’inventaire des capacités nationales et la consultation des experts locaux plutôt que d'accumuler les voyages à l’étranger à la recherche de solutions technologiques importées.
Le passage d’André Wameso au sommet financier de Nairobi le 16 septembre ravive le débat sur les priorités de la politique monétaire congolaise. Si la BCC met en avant la modernisation technologique, l'analyse du professeur Jo M. Sekimonyo formule un constat sévère : « André Wameso a surtout pris l’habitude d’aller raconter ailleurs ce que la BCC prétend vouloir devenir, presque comme si la priorité consistait à impressionner Nairobi, Dakar, Istanbul ou Washington plutôt qu’à convaincre les Congolais. »
Selon le chancelier de l’Université Lumumba, cette course aux innovations étrangères risque de détourner l'institution des réalités économiques locales. Une banque centrale moderne doit d'abord répondre aux besoins quotidiens des ménages et des entreprises.
« Une modernisation qui ne finance pas davantage la production, ne réduit pas les frictions, n’élargit pas l’accès au capital et ne rapproche pas le système financier des populations existantes n’est pas encore du progrès », souligne-t-il.
Préconisation d’un audit interne de l'écosystème financier
Pour l'économiste, le véritable point de départ de la modernisation réside dans un inventaire rigoureux des compétences disponibles en République démocratique du Congo. Jo M. Sekimonyo plaide pour l'organisation d'une évaluation approfondie de l’infrastructure intellectuelle et technique nationale avant toute démarche d'importation technologique. Il met en garde contre les achats impulsifs de solutions préexistantes : « Le risque est simple. Celui qui ignore le contenu de sa propre boîte à outils finit par acheter ce qu’il possède déjà, importer ce qu’il ne sait pas utiliser et chercher des solutions à des problèmes qu’il n’a jamais vraiment définis. »
Le gouverneur ne devrait pas adopter une posture d’« éclaireur solitaire » dans les salons technologiques, mais plutôt bâtir une structure apte à intégrer l'expertise technique et scientifique nationale. Pour Jo M. Sekimonyo, le rôle central de la BCC consiste à « organiser l'intelligence » et à soumettre ses orientations aux acteurs locaux du secteur.
Mobiliser les compétences nationales à Kinshasa
Afin de concrétiser cette dynamique, l'universitaire propose la création d’un forum permanent de recherche à Kinshasa, réunissant banques, universités, fintechs, opérateurs de télécommunications, ingénieurs et économistes. Cette plateforme permettrait de cartographier l'écosystème local, de diagnostiquer les besoins précis et de concevoir des réponses adaptées.
Dans cette perspective, la RDC pourrait inviter les experts et institutions régionales à débattre sur des problématiques préalablement structurées par les équipes congolaises. « Ils ne viendraient plus nous montrer leur tableau. Ils viendraient travailler devant le nôtre, avec des Congolais qui en comprennent déjà la langue et une architecture nationale dont le plan aurait été dessiné ici », explique Jo M. Sekimonyo.
L'économiste rappelle l'importance de relancer une revue scientifique propre à la Banque centrale pour soutenir la production intellectuelle et l'archivage du savoir. Pour Jo M. Sekimonyo, l'institution monétaire doit mobiliser les ressources disponibles au pays pour bâtir une capacité décisionnelle autonome et durable.
Gustave Mawete
