RDC : La dissolution de l’Assemblée nationale est l’unique issue constitutionnelle face à l’impasse politique (analyse)
Face à l'impasse politique en RDC, le Pr Jo M. Sekimonyo rejette les dialogues nationaux et préconise la dissolution de l'Assemblée nationale via l'article 148.
L’ordonnance présidentielle sur le dialogue national met en lumière les défaillances structurelles du système politique congolais et confirme l’incapacité des institutions actuelles à porter la voix du peuple. C’est le constat sévère dressé par le Pr Jo M. Sekimonyo, chancelier de l’Université Lumumba et économiste politique hétérodoxe.
Pour le chercheur, toute cette agitation autour d'une nouvelle grande messe politique montre simplement que la République cherche encore son chemin hors de l'extrême pauvreté, tandis que la classe dirigeante s'empresse d'y chercher un siège, une carrière ou une occasion de redevenir indispensable. Dans une démocratie digne de ce nom, le bulletin de vote doit rester l'arbitre final et non le simple chapitre introductif d'une interminable négociation entre professionnels du pouvoir.
Analysant l'évolution du pays, le Pr Jo M. Sekimonyo estime que cette ordonnance met à nu l'échec fondamental du régime de Joseph Kabila. En dix huit ans de règne, l'ancien président a préféré bâtir une structure centrée sur sa propre personne plutôt qu'un système institutionnel solide capable de fonctionner sans homme providentiel.
L'après Kabila en apporte la preuve flagrante : le FCC s'est effrité dès le départ du chef, les alliances se sont recomposées sans nouvelles élections et les réflexes de courtisanerie ont simplement changé de destinataire.
L'échec ne réside pas dans l'incapacité de trouver des personnalités d'exception, mais dans le fait de n'avoir bâti aucun mécanisme pour les sélectionner. Un système saturé de médiocrité, de loyautés personnelles et de recyclage absorbe les intelligences au lieu de se laisser transformer par elles.
De son côté, Félix Tshisekedi a certes brisé l'étau de son prédécesseur et repris l'initiative, mais le Pr Sekimonyo souligne que ce pouvoir accumulé produit désormais des rendements décroissants. Gouverner est devenu un exercice épuisant où l'énergie publique est constamment engloutie par l'entretien des équilibres, la distribution des postes et la gestion des loyautés.
La conservation du pouvoir fonctionne comme une taxe invisible sur le développement économique, condamnant les réformes aux horizons de court terme. En convoquant un dialogue national pour repenser la représentation et la cohésion du pays, le régime avoue lui même les limites de sa méthode.
L'accumulation de contrôle politique ne suffit plus à produire davantage d'État ni à susciter la confiance.
La création répétée de ces tables rondes parallèles interroge directement l'utilité du Parlement. Le Pr Jo M. Sekimonyo insiste sur le fait que la RDC possède déjà une Assemblée nationale et un Sénat censés représenter les provinces, les partis et la diversité des opinions. Si chaque crise importante exige de convoquer à nouveau la société civile, la diaspora, les Églises et les chefs coutumiers, c'est l'aveu explicite que le mécanisme de représentation est défaillant.
Une République qui doit régulièrement sortir de son Parlement pour retrouver la nation confirme que son Parlement ne la contient plus. À force de vouloir installer tout le monde autour de la table, on retire au scrutin sa fonction première : donner un mandat clair à une majorité et charger l'opposition de proposer une alternative.
C'est fort de ce diagnostic que l'économiste explique la logique de sa propre démarche lorsqu'il plaidait pour des Assises économiques nationales. Loin d'être une fin en soi, cette proposition visait à confronter les acteurs aux réalités de la production, de la monnaie et du financement du développement pour les amener à une prise de conscience inévitable.
La crise économique renvoie directement à la faillite des institutions, et la véritable sortie de crise ne se bricole pas dans une salle de conférence improvisée. La Constitution congolaise contient déjà la solution.
Face à ce blocage, le Pr Jo M. Sekimonyo invite le président de la République à exercer pleinement son rôle constitutionnel d'arbitre en appliquant l'article 148. Plutôt que de fabriquer une architecture parallèle, Félix Tshisekedi devrait dissoudre l'Assemblée nationale et renvoyer les politiciens devant les électeurs dans un délai de soixante jours. Si l'État affirme disposer des moyens logistiques et financiers pour déployer des consultations pendant trois mois dans les vingt six provinces, il possède parfaitement les ressources nécessaires pour organiser des élections anticipées.
Cette voie permettrait également de traiter la question des groupes armés et des négociations sécuritaires en remettant l'ordre politique entre les mains du souverain primaire. Quand le système politique est grippé, la démocratie exige de ne pas laisser les élites décider à la place du peuple, mais de rendre la parole aux urnes.
Guy Mafuta
