Infrastructures à Bunia : Quand le soutien de la MONUSCO transforme la lutte contre les violences sexuelles et dépolie la police
Des murs étincelants, l’odeur caractéristique de la peinture fraîche et, surtout, le retour de la dignité. Dans les nouveaux locaux de l’Escadron de Protection de l’Enfant et de Prévention des Violences Sexuelles (EPEPVS), installés à la mairie de Bunia, l'atmosphère tranche radicalement avec le passé.
Dans son bureau spacieux, la commissaire supérieure adjointe Séraphine Falao Mbolyaita ne cache pas son soulagement. Grâce au financement de la composante Police de la MONUSCO (UNPOL), son service quitte enfin l'ombre et la précarité pour entrer dans une nouvelle ère opérationnelle.
La fin d'un cauchemar logistique et sécuritaire
Il y a encore peu, l’EPEPVS s'entassait dans un local exigu, partagé avec la Police d'investigation criminelle et la brigade financière. Une promiscuité intolérable pour des interventions nécessitant la plus stricte confidentialité.
« Les victimes restaient debout à l'extérieur. Leurs témoignages étaient parfois entendus par les passants. Confondues au milieu d'autres services, beaucoup ne savaient pas à qui s'adresser, ce qui freinait considérablement les signalements », rappelle la commissaire Falao Mbolyaita.
Aujourd'hui, l'édifice moderne de six bureaux, financé à hauteur de 49 998 dollars américains et inauguré en février 2026, change la donne. Équipé de mobilier neuf, de matériel informatique et de panneaux solaires pour parer aux coupures d'électricité, le site offre une salle d'attente dédiée et garantit la discrétion indispensable au traitement des traumatismes.
Pour Marie-Guy Thiayga Niang, cheffe d’UNPOL à Bunia, ce projet à impact rapide dépasse le simple cadre immobilier : il s'agit de restaurer l'accès au droit et le respect des victimes.
Des chiffres en baisse et des bavures évitées
Les répercussions sur le terrain sont immédiates. L'arrêt des tirages de rapports dans les cybercafés publics a sécurisé les données confidentielles, tandis que la prise en charge est devenue plus rapide.
Les statistiques de Bunia (près de deux millions d'habitants) témoignent de ce tournant :
- 2024 : 375 cas de violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG) enregistrés.
- 2025 : 250 cas répertoriés.
- Premier semestre 2026 : 110 cas comptabilisés.
Au-delà des infrastructures, le partenariat stratégique avec la MONUSCO, incluant formations, patrouilles conjointes et dotations d'équipements transforme les méthodes d'intervention de la Police Nationale Congolaise (PNC).
« Cet appui renforce notre professionnalisme. Résultat : nous enregistrons nettement moins de bavures policières lors de nos interventions. Le droit des suspects est mieux respecté et le sens des responsabilités s'est accru », souligne le commissaire supérieur principal Gilbert Kalonji Mulumba, commandant intérimaire de la PNC en Ituri.
Le défi de la mobilité
Si l'avancée est majeure, des freins opérationnels persistent. L'EPEPVS manque cruellement de véhicules pour acheminer en urgence et en toute sécurité les survivantes vers les centres de soins spécialisés. Le transport s'effectue encore souvent à moto, aux frais personnels des agents.
Malgré ces contraintes logistiques, l'implantation de cet escadron au cœur de Bunia demeure un signal fort : celui d'une police mieux équipée, plus humaine et résolument engagée dans la protection des plus vulnérables.
Juvenal Bulemo
