Tensions RDC-Rwanda : James Kabarebe déplore le gâchis d'une « lune de miel » brisée avec Félix Tshisekedi
« Nous ne savons pas d'où sont venus les courants contraires qui ont tout renversé. » C'est avec une pointe de regret à peine voilée que James Kabarebe, figure clé de l'appareil sécuritaire et diplomatique rwandais, est revenu sur la dégradation spectaculaire des relations entre Kinshasa et Kigali.
Selon le ministre d'État rwandais chargé de la Coopération régionale, les bases de la relation entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame s’annonçaient pourtant sous les meilleurs auspices lors de la prise de pouvoir du chef de l'État congolais fin 2018.
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À l'époque, alors président en exercice de l'Union africaine, Paul Kagame effectue plusieurs gestes symboliques fort en direction du nouveau président congolais, notamment par une présence remarquée aux obsèques de son père, Étienne Tshisekedi.
Mais au-delà des symboles, le président rwandais s'investit personnellement pour introduire le nouveau venu sur la scène internationale. « Les capitales occidentales ne le connaissaient pas.
Les organisations internationales et militaires non plus. En tant que voisin, le président Kagame l’a recommandé et présenté partout », affirme James Kabarebe. Cette diplomatie de proximité se traduit rapidement sur le plan pratique : multiplication des consultations stratégiques entre services de défense et de renseignement, et ouverture de liaisons aériennes directes de RwandAir vers Kinshasa.
Une dynamique prometteuse aujourd'hui balayée. Tout en déclinant toute responsabilité de son pays dans le déclenchement des hostilités actuelles, le dirigeant rwandais dit regretter l'apparition soudaine de « courants contraires » venus couper l'élan de cette coopération naissante.
Pour comprendre l'amertume exprimée par James Kabarebe, il convient de retracer la trajectoire diplomatique entre la RDC et le Rwanda depuis 2018. En 2019 et 2020, arrivé au pouvoir dans un contexte d'alternance contestée, Félix Tshisekedi privilégie le rapprochement avec Kigali. Il autorise l'armée rwandaise à mener des opérations conjointes ou ciblées à l'est de la RDC contre les FDLR (rebelles hutu rwandais), tandis que la coopération économique s'accélère avec des accords d'exploitation minière et le développement des liaisons aériennes.
Le tournant majeur s'opère fin 2021 lorsque le mouvement rebelle du M23 reprend les armes dans le Nord-Kivu. Kinshasa accuse rapidement le Rwanda de soutenir logistiquement et militairement les insurgés pour déstabiliser l'est du Congo et en exploiter les ressources.
Kigali dément catégoriquement et accuse en retour l'armée congolaise (FARDC) de s'allier directement aux FDLR, constituant selon lui une menace directe pour sa sécurité nationale.
Entre 2022 et 2024, la rupture devient totale. Les vols de RwandAir vers la RDC sont suspendus par Kinshasa, l'ambassadeur du Rwanda en RDC est expulsé, et les médiations régionales (processus de Luanda et de Nairobi) peinent à enrayer l'escalade militaire. Félix Tshisekedi durcit considérablement le ton, allant jusqu'à comparer publiquement la politique de Paul Kagame à celle d'Adolf Hitler lors de la campagne présidentielle congolaise de 2023.
Aujourd'hui, alors que plusieurs rapports des experts des Nations unies et diverses chancelleries occidentales confirment le soutien rwandais et la présence de troupes de Kigali aux côtés du M23 dans le Nord-Kivu, la sortie de James Kabarebe s'inscrit dans la narrative de son gouvernement visant à faire porter la responsabilité exclusive de l'impasse politique et sécuritaire actuelle sur les revirements stratégiques de Kinshasa.
Gustave Mawete
