Nord-Kivu : le cri d'alarme d'Ikobo, « poche de résistance » médicale à Walikale
Le groupement d'Ikobo, situé dans le territoire de Walikale au Nord-Kivu, traverse une crise humanitaire majeure caractérisée par une absence totale de structures de santé. Dans la zone de santé de Pinga, les résidents des villages de Bushalingwa et des environs vivent dans une précarité médicale extrême.
L'insécurité chronique a provoqué la fuite du personnel soignant, laissant des milliers de civils sans assistance. « Tous les infirmiers qui étaient avec nous ici sont partis, fuyant l'insécurité », déplore Kavira Nziva, une habitante locale, ajoutant avec amertume : « Si on tombe malade, la première idée qui vous arrive en tête, c'est la mort. »
Au-delà de l'absence de soins d'urgence, la rupture de la prévention sanitaire menace l'avenir des plus jeunes. À Bukeke, les campagnes de vaccination sont inexistantes, faisant craindre la résurgence de pathologies infantiles graves. Kavugho Muvuya s'inquiète de cet abandon : « Même les campagnes qui sont organisées par les autorités sanitaires n'atteignent pas notre village. Les enfants sont en danger. Notre village risque de devenir une poche de résistance pour des maladies pourtant éradiquées ailleurs. »
L'isolement géographique des localités aggrave considérablement ce tableau déjà sombre. Le délabrement avancé des infrastructures routières rend toute évacuation médicale périlleuse, voire impossible. Un habitant du groupement souligne la dangerosité du trajet vers les centres de santé les plus proches : « Quitter ici jusqu'à Mashuta, il y a environ 15 kilomètres.
On peut partir avec un malade ici pour aller mourir en cours de route. C'est vraiment déplorable. » Entre les pistes impraticables et les menaces sécuritaires, les 15 kilomètres de distance se transforment en une barrière infranchissable pour les personnes les plus vulnérables.
Face à cette urgence vitale, la population d'Ikobo lance un appel pressant au gouvernement provincial et aux organisations humanitaires internationales.
Les résidents demandent le rétablissement d'une couverture médicale minimale et la sécurisation des axes de transport pour permettre le retour des agents de santé.
Sans une intervention rapide des autorités compétentes pour restaurer les structures sanitaires de base, le groupement d'Ikobo risque de s'enfoncer davantage dans un drame humanitaire silencieux, loin des centres de décision.
Guy Mafuta
