UNISIC (Ex-IFASIC) au bord de l’implosion : la décision d’interdiction d’accès au campus des apprenants du troisième cycle régulièrement inscrits par Bayedila viole les articles 12, 19, 30, 43 et 149 de la Constitution congolaise

4 Juillet 2026 - 12:14
4 Juillet 2026 - 12:17
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UNISIC (Ex-IFASIC) au bord de l’implosion : la décision d’interdiction d’accès au campus des apprenants du troisième cycle régulièrement inscrits par Bayedila viole les articles 12, 19, 30, 43 et 149 de la Constitution congolaise

La crise qui secoue actuellement l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC, ex-IFASIC) ne peut plus être considérée comme un simple différend administratif interne. Au regard de son ampleur, de ses conséquences humaines, sociales, académiques et juridiques, elle s’apparente désormais à une véritable crise institutionnelle qui interpelle l’ensemble des institutions de la République.

C’est le constat dressé par le Collectif des agents et des apprenants concernés, qui estime que les événements observés au sein de cette université publique soulèvent des questions fondamentales relatives au respect de la Constitution, des principes du droit administratif congolais, de la bonne gouvernance et de l’État de droit.

Aujourd’hui, plusieurs dysfonctionnements majeurs sont observés au sein de l’UNISIC (Ex-IFASIC). Les tensions administratives persistent, le climat social est marqué par l’incertitude, l’inquiétude et la détérioration des conditions de travail, tandis que l’instabilité affecte gravement le fonctionnement académique, administratif et scientifique de l’université. À cela s’ajoutent les restrictions d’accès imposées à plusieurs agents ainsi qu’à des apprenants régulièrement inscrits au troisième cycle, alors même qu’ils préparent leurs soutenances de mémoires de DEA.

Pour une institution dont la mission première est la transmission du savoir, la recherche scientifique et la formation des cadres de demain, cette situation suscite de profondes préoccupations.

Selon le Collectif, la crise s’est considérablement aggravée avec la révocation collective de 247 agents appartenant au personnel académique, scientifique, administratif et ouvrier. Cette décision est contestée notamment parce qu’elle serait intervenue sans examen individuel préalable des dossiers, sans commission disciplinaire régulièrement constituée et sans respect du droit de la défense.

Au regard des principes fondamentaux du droit administratif congolais, une telle situation appelle un examen approfondi, notamment en ce qui concerne le caractère individuel des sanctions disciplinaires, le respect du contradictoire, l’obligation de motivation des actes administratifs, le principe de légalité administrative ainsi que le droit à un recours juridictionnel effectif.

Au-delà des aspects juridiques, les conséquences humaines sont particulièrement lourdes. Des centaines de familles congolaises se retrouvent confrontées à une précarité préoccupante, dans un contexte économique déjà difficile. Cette réalité apparaît en décalage avec les ambitions affichées par le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui a fait de la création d’emplois, de la justice sociale et de l’autonomisation de la jeunesse l’un des axes majeurs de son second mandat. Alors que l’État investit massivement dans des programmes destinés à favoriser l’emploi et l’inclusion sociale, la suppression de 247 emplois au sein d’un établissement public d’enseignement supérieur soulève naturellement des interrogations sur la cohérence des politiques publiques et sur la nécessité de préserver les acquis sociaux.

Cette crise dépasse désormais la seule question de l’emploi. Elle touche également le droit à l’éducation. Le 19 juin 2026, une décision officielle du Rectorat, signée sous la référence N/Réf : UNISIC/01/REC/BBE/LBB/KM/133/2026, a ordonné l’interdiction d’accès au site universitaire à vingt-sept agents et apprenants régulièrement inscrits au troisième cycle. Cette mesure, exécutée par la Police universitaire, constitue un précédent particulièrement préoccupant dans l’histoire récente de l’institution.

Selon le document officiel, cette interdiction serait motivée par la présence persistante des personnes concernées sur le site universitaire malgré le retrait et l’annulation de leurs décisions d’engagement, ainsi que par des accusations selon lesquelles elles continueraient à se présenter comme membres de la communauté universitaire et tiendraient des propos considérés comme diffamatoires à l’égard des autorités académiques. Sur cette base, il leur a été interdit d’accéder à l’université ainsi qu’à ses environs jusqu’à l’issue des procédures pendantes devant les juridictions compétentes.

Pour le Collectif, cette décision soulève d’importantes questions de droit. En effet, les apprenants concernés sont régulièrement inscrits au troisième cycle et poursuivent leurs travaux de recherche en vue de leurs soutenances de DEA.

Dans ces conditions, cette interdiction apparaît susceptible de porter atteinte à plusieurs garanties consacrées par la Constitution de la République démocratique du Congo, notamment l’article 30 relatif à la liberté de circulation, l’article 43 garantissant le droit à l’éducation, l’article 19 protégeant les droits de la défense et le droit à un recours effectif, l’article 149 consacré à l’accès à la justice et à l’indépendance du pouvoir judiciaire, ainsi que l’article 12 affirmant l’égalité de tous devant la loi et l’interdiction de toute discrimination.

Le Collectif relève également que cette décision intervient alors que les personnes concernées ont déjà introduit des recours devant le Conseil d’État afin de contester les décisions administratives qui les visent. Dans ce contexte, cette interdiction est perçue comme susceptible d’affecter l’exercice serein de leurs droits devant les juridictions compétentes. Dans un État de droit, les citoyens doivent pouvoir exercer librement leurs voies de recours sans craindre que des mesures administratives ne compromettent l’effectivité de leurs droits avant même que le juge ne se soit prononcé.

Au regard de ces éléments, le Collectif estime que plusieurs principes fondamentaux du droit administratif méritent d’être examinés avec la plus grande attention, notamment la proportionnalité des mesures administratives, le respect des droits de la défense, l’interdiction de l’excès de pouvoir, l’obligation de motivation des actes administratifs et la garantie d’un recours juridictionnel effectif.

Les faits dénoncés mettent ainsi en évidence plusieurs préoccupations majeures : une restriction de la liberté d’aller et venir ainsi que du droit à l’éducation, une limitation indirecte de l’exercice du droit de recours devant les juridictions compétentes, des mesures perçues comme susceptibles d’exercer une pression sur des requérants engagés dans une procédure devant le Conseil d’État, une possible rupture du principe d’égalité devant la loi ainsi que des interrogations sur la gouvernance administrative de l’établissement.

Pour le Collectif, la persistance de cette crise risque d’affecter durablement la crédibilité de l’UNISIC (Ex-IFASIC), une institution stratégique chargée de former les futurs professionnels de l’information et de la communication de la République démocratique du Congo. Une université ne peut pleinement remplir sa mission lorsque les tensions administratives prennent le pas sur le dialogue, que le climat de confiance se détériore et que la stabilité institutionnelle est fragilisée.

C’est pourquoi le Collectif des agents et des apprenants concernés réitère son appel au Président de la République afin qu’une enquête administrative indépendante, impartiale et transparente soit diligentée sur l’ensemble des faits dénoncés. Il sollicite également une intervention des autorités compétentes en vue de garantir le respect des droits constitutionnels des agents et des apprenants concernés, de préserver l’État de droit, de restaurer la paix sociale, la bonne gouvernance et la confiance au sein de l’UNISIC.

Parce qu’au-delà des procédures administratives, ce sont des carrières, des parcours universitaires, des familles et l’avenir d’une institution publique stratégique qui sont aujourd’hui en jeu, le Collectif demeure convaincu qu’une réponse fondée sur la Constitution, les lois de la République et les principes de justice permettra de restaurer durablement la légalité et la crédibilité de cette université.

Gustave Mawete

newnarratifrdc Créé en 2023, New Narratif RDC est un média en ligne de l'Ets. Groupe New NARRATIF RDC. Dans son traitement d’informations, New NARRATIF RDC accorde l’importance à l’image positive de la République démocratique du Congo et de ses institutions en vue de pérenniser le «CHANGEMENT DE NARRATIF »