ESU en RDC : l'affaire Sombo, le crash d'une gouvernance et l'épreuve du feu pour Félix Tshisekedi (Tribune)
Accusée de corruption, népotisme et mauvaise gestion à l'ESU, la ministre Marie-Thérèse Sombo fait face aux preuves de l'Assemblée nationale. Alors que les étudiants et élus réclament des sanctions, la décision finale revient au président Félix Tshisekedi. Analyse d'une crise politique majeure.
Parmi la tempête de dénonciations qui secoue l'Enseignement Supérieur et Universitaire, la ministre Marie-Thérèse Sombo se retrouve au centre de graves accusations de corruption, de népotisme et de chantage politique.
Alors que le Palais du Peuple a transmis un dossier à charge à la Première ministre Judith Suminwa, les yeux de la Nation sont désormais rivés sur le Palais de la Nation : le chef de l'État arbitrera-t-il en faveur de la rigueur institutionnelle ou du poids des affinités politiques ?
Une gestion sous haute tension : anatomie d'un malaise généralisé
L'Enseignement Supérieur et Universitaire congolais traverse une crise sans précédent, caractérisée par une exaspération collective à tous les échelons du secteur :
La colère des étudiants : Obligés de s'acquitter chaque année des frais liés aux cartes d'étudiant sans jamais les recevoir, les étudiants dénoncent une spoliation récurrente et exigent des comptes sur l'affectation des frais dits de connectivité, versés dans des circuits financiers opaques.
L'asphyxie des chefs d'établissements : Plongés dans un dilemme éthique et managérial, les dirigeants des universités et instituts supérieurs sont pris en étau entre la sauvegarde de leur poste et la défense de l'intérêt général. Ils dénoncent des méthodes de rançonnement institutionnalisé et un climat de chantage permanent.
L'humiliation des instances de régulation : Les conseils d'administration se disent désactivés au profit d'une centralisation excessive, transformant la haute administration du ministère en un simple prolongement du cabinet ministériel.
Népotisme et dérive financière : les griefs du Palais du Peuple
Au-delà des dysfonctionnements académiques, ce sont les griefs de gestion financière et administrative qui alimentent la fronde des députés nationaux. Selon des sources concordantes au sein de l'Assemblée nationale, la gestion des finances du secteur aurait été concédée à des cercles familiaux restreints, notamment à la fille de la ministre, Reine-Grâce Mukuna Poli, pendant que la stratégie de communication offensive du ministère est attribuée à son conseiller et cousin, M. Bobili.
Au sein de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social comme dans les couloirs du Palais du Peuple, le malaise est palpable. Nombre d'élus de la majorité présidentielle cherchent à se désolidariser de la gestion de la ministre, qualifiant son parcours d'opportunisme politique adossé à des réseaux d'influence historiques plutôt qu'à une légitimité de parti.
Qu'attendent la Nation et ses institutions ?
La crise actuelle cristallise les attentes de trois acteurs clés du paysage national :
L'Assemblée Nationale : Après avoir joué son rôle de contrôle parlementaire et transmis les preuves accumulées à la Première ministre Judith Suminwa, la représentation nationale exige un signal fort pour rétablir l'autorité de l'État et le respect des deniers publics.
Les étudiants et le corps professoral : Ils réclament l'aboutissement immédiat de réformes administratives, académiques et financières profondes, garantissant le remboursement ou la délivrance des services payés et la fin des prélèvements injustifiés.
Le Peuple Congolais : Il attend la preuve que nul n'est au-dessus des lois, quel que soit son ancrage politique ou ses soutiens supposés.
Le dilemme de la Présidence : entre masculinité positive et devoir de redevabilité
Champion de la masculinité positive et de la promotion de la femme aux hautes fonctions de l'État, le Président Félix Tshisekedi fait face à une épreuve de responsabilité politique décisive.
Si la promotion du leadership féminin demeure un pilier incontestable du mandat présidentiel, elle ne saurait servir de bouclier à la mauvaise gouvernance ou à la destruction des institutions publiques. L'argument selon lequel la ministre bénéficierait d'une protection présidentielle inconditionnelle constitue un défi direct à l'autorité du chef de l'État et à son engagement pour un État de droit.
Face aux épreuves matérielles documentées par les élus du peuple, l'opinion publique attend un sursaut patriotique. Le secteur de l'enseignement supérieur ne peut plus être le théâtre de règlements de comptes ou de captation de ressources. Il y va du salut de la jeunesse congolaise et de la crédibilité des réformes engagées parle gouvernement.
Kobo Malu Buni Urbain
