ESU-RSI : Autopsie d’une gouvernance en déclin
Esu-rsi : quand le ministère devient un royaume personnel : autopsie d'une gouvernance en déclin : regard critique d'une universitaire sur la responsabilité, l'éthique et la gestion de la chose publique.
Il est malheureusement des responsables politiques qui semblent confondre leur nomination à une fonction ministérielle avec l'obtention d'un titre de propriété sur les ressources de l'État. Ils oublient qu'un ministère n'est ni un patrimoine familial, ni une entreprise privée. La fonction ministérielle est une charge publique, pas une occasion de jouissance personnelle.
Lorsqu'une gestion publique est régulièrement confrontée à des accusations de détournement, de gaspillage des deniers publics, d'opacité financière et de favoritisme, il devient intellectuellement irresponsable de se réfugier derrière les discours officiels et les opérations de communication.
Les beaux discours ne remplacent pas les résultats. Les cérémonies ne remplacent pas les réalisations. Et les apparences de pouvoir ne constituent nullement une preuve de bonne gouvernance.
Une ministre n'est pas nommée pour impressionner la population par son autorité, mais pour démontrer son utilité par ses résultats. Plus préoccupant encore est le spectre du tribalisme dans l'administration publique. Lorsqu'une responsable donne l'impression que les opportunités, les nominations et les avantages sont distribués selon les appartenances ethniques plutôt que selon les compétences, elle porte atteinte à l'unité nationale et au principe républicain d'égalité des citoyens.
La République ne peut devenir le prolongement d'un clan. L'administration ne peut être transformée en cercle de récompenses pour les proches, les fidèles et les courtisans. Il faut avoir le courage de poser une question fondamentale : à quoi sert un ministère si les ressources publiques ne se traduisent pas par des améliorations concrètes dans la vie des citoyens ? À quoi sert l'autorité ministérielle si elle ne s'accompagne ni de transparence, ni de redevabilité, ni de résultats vérifiables ?
Le plus grand paradoxe de certaines gestions publiques est de voir les responsables multiplier les discours sur le développement pendant que la population continue de supporter le poids des insuffisances administratives et financières. En sciences de gestion, une organisation se mesure à ses performances, à son efficacité, à son efficience et à sa capacité à atteindre ses objectifs. Un ministère ne saurait échapper à cette règle élémentaire. Il doit être évalué sur la qualité de ses politiques, l'utilisation de ses ressources, ses résultats et son impact social. Il ne suffit donc pas d'occuper un fauteuil ministériel pour prétendre avoir réussi sa mission.
Une fonction publique sans éthique devient un instrument de prédation. Une administration sans impartialité devient un mécanisme d'exclusion. Une gestion sans contrôle devient un terrain favorable aux abus. Et qu'on ne s'y trompe pas : demander des comptes à un ministre n'est ni de la jalousie, ni de l'acharnement politique. C'est un exercice normal de citoyenneté et une exigence fondamentale de la démocratie.
Ma conviction, en tant qu'universitaire, est simple : le pouvoir doit être jugé à l'aune de ses responsabilités, et non à la hauteur de son arrogance. L'argent public a une destination : servir le peuple. Il n'a pas vocation à financer les ambitions personnelles, les réseaux d'influence ou les intérêts communautaires. L'histoire politique est pleine de responsables qui se croyaient indispensables, mais qui ont fini par découvrir que les fonctions passent, que les privilèges disparaissent et que les actes demeurent.
On peut contrôler un ministère pendant un temps, impressionner son entourage pendant un mandat et multiplier les discours pendant des années. Mais on ne peut pas éternellement soustraire la gestion publique à l'exigence de vérité, de transparence et de reddition des comptes. La République mérite mieux que la personnalisation du pouvoir. Le peuple mérite mieux que des promesses sans résultats. La chose publique n'est pas un butin politique. Elle est une responsabilité historique.
Tribune d'une professeure révoltée Pr. DNM
