RDC : Le cri de détresse d’un journaliste catholique face au « silence » du Cardinal Ambongo
Dans une lettre ouverte poignante adressée à l’Archevêque Métropolitain de Kinshasa en cette fin d’année 2025, le journaliste Martin Mudimbi Kapenga interpelle le Cardinal Fridolin Ambongo. Entre vœux de fin d'année et réquisitoire prophétique, l'auteur dénonce une "désertion morale" face à la tragédie qui ensanglante l’Est de la République Démocratique du Congo.
Le ton est à la fois filial et sans concession. Alors que la RDC s'apprête à franchir le cap de l’année 2026, Martin Mudimbi Kapenga, figure du journalisme catholique, a choisi de briser le protocole ecclésiastique pour mettre le Cardinal Fridolin Ambongo face à ses responsabilités de pasteur et de leader africain.
L'article s'ouvre sur le constat glaçant d'une tragédie qui dure depuis trente ans. Pour Mudimbi, l’horreur est devenue une « normalité scandaleuse ». Il dresse un tableau sombre de la situation à Goma, Beni ou Rutshuru : viols, déplacements massifs de populations et villages rayés de la carte.
Mais le cœur du grief réside dans l'incapacité, ou le refus, de nommer clairement l'agresseur. Évoquant les rapports des Nations Unies, le journaliste insiste : l’implication du Rwanda n’est plus à démontrer. Dès lors, ne pas désigner le coupable reviendrait, selon lui, à « brouiller la vérité et banaliser le crime ».
La lettre pointe du doigt un « malaise profond » qui traverse l’Église-Famille de Dieu. Le journaliste s’inquiète de voir certains prélats adopter des positions perçues comme partisanes ou diplomatiques, au détriment de la souffrance des millions de Congolais.
« La vie d’un Congolais de l’Est pèserait-elle moins que certains équilibres diplomatiques ? » s'interroge-t-il, dénonçant une hiérarchisation tacite des victimes qui transforme le sang des innocents en « monnaie négligeable »
L’appel au courage prophétique
Rappelant le sacrifice des « évêques martyrs » comme Messeigneurs Munzihirwa et Kataliko, assassinés pour avoir refusé de se taire devant l’occupation, l’auteur exhorte le Cardinal à sortir de sa réserve. Pour Mudimbi, le silence actuel du Cardinal est vécu comme une « blessure morale » et une « désertion ».
Il rappelle à Son Éminence que sa voix dépasse les frontières de Kinshasa. En tant que Président du Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), le Cardinal possède un levier continental. La lettre appelle à une synergie réelle entre les instances ecclésiales régionales (ACEAC) et continentales pour une paix fondée sur la justice, et non sur des « discours fragmentés ».
Pas d’Évangile dans un « champ de ruines »
Enfin, l'auteur rappelle une vérité théologique et sociale : l’évangélisation est impossible là où la dignité humaine est bafouée. « L’Église ne peut annoncer le Christ dans un champ de ruines permanentes », assène-t-il, liant indéfectiblement la mission de l’Église à la restauration de la sécurité et du droit.
Cette lettre ouverte retentit comme un signal d’alarme. Elle pose une question fondamentale au sommet de la hiérarchie catholique congolaise : l’Église doit-elle être une institution diplomatique prudente ou la voix prophétique de ceux qui n'en ont plus ?
Gracieux Bazege
