Religion : Nkamba, de l’ombre coloniale à l’éclat d’une « Ville Sainte »

7 Avril 2026 - 10:16
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Religion : Nkamba, de l’ombre coloniale à l’éclat d’une « Ville Sainte »

Le cœur du Kongo-Central a battu au rythme de la ferveur spirituelle et de la reconnaissance nationale ce lundi 06 avril 2026. À la Cité de Nkamba, surnommée la « Nouvelle Jérusalem », le Président Félix-Antoine Tshisekedi a marqué l'histoire en annonçant une décision symbolique majeure : l'octroi d'un statut particulier de « Ville Sainte » à cette entité. Cette proclamation, faite lors de la commémoration de la Journée dédiée au combat de Simon Kimbangu, vient sacraliser un lieu qui, pour des millions de fidèles, représente le berceau de la conscience africaine.

L’annonce a été faite avec une solennité empreinte de sobriété. Après un entretien en tête-à-tête avec le Chef spirituel et représentant légal de l’Église, Simon Kimbangu Kiangani, le Chef de l’État s’est adressé à la foule. 

Accompagné de la Distinguée Première Dame, Denise Nyakeru Tshisekedi, il a souligné que ce nouveau statut est l’aboutissement d’un processus de reconnaissance entamé depuis le début de son mandat, transformant cette cité historique en un pôle de référence non seulement religieux, mais désormais légal et administratif.

Ce déplacement présidentiel coïncidait avec un double événement : la célébration de la journée nationale de la conscience africaine et le 105ème anniversaire de la création de la confession kimbanguiste. En foulant le sol de Nkamba, le couple présidentiel a rendu hommage à une terre qui a vu naître le prophète Simon Kimbangu ainsi que ses trois fils, figures de proue du mouvement. 

Située dans le territoire de Mbanza-Ngungu, cette localité est devenue, au fil des décennies, un centre névralgique pour près de 200 000 habitants répartis dans plus de 240 villages.

L’atmosphère à Nkamba était celle des grands jours. Une marée humaine, venue des quatre coins du globe, a envahi les collines de la cité. Vêtus de vert et de blanc — couleurs symbolisant respectivement l’espoir et la victoire — les fidèles ont manifesté leur joie par des chants et des fanfares. Ce décor aux couleurs de la nature et de la pureté rappelle l'héritage d’un homme qui, par sa simple foi, a défié les structures coloniales pour redonner une dignité spirituelle au peuple noir.

Au-delà de l'Église kimbanguiste, cette journée a résonné à travers toute la République démocratique du Congo. À Kinshasa comme dans les provinces, d’autres structures religieuses issues de la lignée spirituelle africaine, telles que « Liloba », « Vuvamu » ou l’église fondée par Tata Gonda, ont vibré à l’unisson. Cette célébration collective témoigne de l'existence d'un socle spirituel commun que les autorités congolaises qualifient désormais de « religion des Noirs », un pilier de l'identité nationale.

Le chemin vers cette reconnaissance officielle a été jalonné d'étapes décisives. Tout a commencé le 6 avril 2021, lors du centenaire de l’Église. À l’époque, Félix Tshisekedi avait exprimé devant les présidents des deux chambres du Parlement son souhait de voir cette date inscrite au calendrier des jours fériés. Ce vœu n'était pas seulement une promesse politique, mais un acte de réparation historique pour un prophète dont le combat pour la libération de l'homme noir fut longtemps occulté par le récit colonial.

La promesse a été tenue le 3 avril 2023, lorsqu’une ordonnance présidentielle a officiellement décrété le 6 avril comme jour férié légal en RDC. En instituant cette journée « de la conscience africaine », l’État congolais a choisi de placer Simon Kimbangu sur le même piédestal que les grands leaders panafricains. C'est la reconnaissance d'un martyr ayant passé 30 ans en prison pour avoir prêché l'égalité et l'émancipation, des valeurs qui résonnent encore aujourd'hui dans le discours de la présidence.

Le personnage de Simon Kimbangu, né en 1887, demeure une figure mystique et révolutionnaire. Pour ses fidèles, il est l’envoyé spécial du Christ, un médiateur entre le divin et le peuple opprimé. En fondant son mouvement en 1921, il a jeté les bases d'une résistance non-violente mais radicale contre l'oppression étrangère. Son message, centré sur la foi et la dignité, a survécu à la répression coloniale la plus féroce pour devenir aujourd'hui l'un des piliers moraux de la société congolaise.

L’attribution du statut de « Ville Sainte » à Nkamba vient couronner les valeurs de sacrifice et d’unité nationale prônées par le prophète. Comme l’a rappelé la Présidence, l’héritage kimbanguiste est un mélange d’intégrité et d’espérance. En élevant Nkamba à ce rang, la RDC s’offre un site de pèlerinage mondial, tout en réaffirmant sa volonté de construire une nation forte, fière de ses racines et résolument tournée vers un avenir où sa propre culture devient le moteur de son développement.

Misenge Guyvenant 

newnarratifrdc Créé en 2023, New Narratif RDC est un média en ligne de l'Ets. Groupe New NARRATIF RDC. Dans son traitement d’informations, New NARRATIF RDC accorde l’importance à l’image positive de la République démocratique du Congo et de ses institutions en vue de pérenniser le «CHANGEMENT DE NARRATIF »