UNISIC : la “loi carabana la sorcière” qui scandalise les étudiants

16 2026 - 11:22
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UNISIC : la “loi carabana la sorcière” qui scandalise les étudiants

À l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC), la tension ne cesse de monter autour du processus électoral censé désigner les représentants des étudiants. Ce qui devait être un moment d’expression démocratique au sein de cette institution universitaire s’est transformé, selon de nombreux étudiants, en un processus entaché d’irrégularités, de violations des règles électorales et d’atteintes aux droits fondamentaux.

Depuis l’annonce des élections étudiantes par la rectrice Bayedila, une partie de la communauté estudiantine dénonce ce qu’elle qualifie de « dérive autoritaire » dans l’organisation du scrutin. La décision convoquant les élections a été affichée sur la valve de l’université il y a environ 72 heures, mais le calendrier électoral publié a immédiatement suscité l’incompréhension et la colère de nombreux étudiants.

Selon plusieurs témoignages recueillis sur le campus, ce calendrier ne mentionne aucune des étapes fondamentales qui garantissent habituellement la transparence d’un processus électoral universitaire : aucune date pour le dépôt des candidatures, aucun délai pour l’examen des dossiers, aucune publication préalable des listes provisoires ou définitives des candidats, ni même de période consacrée aux recours des candidats recalés.

Pour plusieurs étudiants, cette absence d’étapes essentielles remet en cause la crédibilité même du scrutin. « Dans toute élection sérieuse, il y a des étapes claires : dépôt des candidatures, affichage, recours, campagne. Ici, rien de tout cela n’est prévu », déplore un étudiant en troisième année.

Mais la controverse la plus vive concerne l’article 6 des conditions d’éligibilité imposées par la direction de l’université. Cette disposition interdit à tout ancien chef de promotion ou chef de promotion adjoint de se présenter aux élections étudiantes. Sur le campus, cette règle a rapidement été rebaptisée par certains étudiants « la loi carabana la sorcière », un surnom polémique utilisé dans les discussions informelles pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une mesure d’exclusion ciblée.

Pour ses détracteurs, cette clause constitue une exclusion visant les étudiants qui ont exercé des responsabilités sous l’administration précédente dirigée par l’ancien recteur, le professeur Kambayi Bwatshia. « On élimine systématiquement ceux qui ont déjà dirigé les promotions pour contrôler les résultats des élections », affirme un étudiant candidat dont la candidature aurait été rejetée.

Au-delà de cette question d’éligibilité, les conditions pratiques du scrutin interrogent également. Les étudiants affirment qu’aucune campagne électorale ne sera autorisée, privant ainsi les candidats de la possibilité de présenter leurs programmes et leurs idées aux électeurs.

Plus surprenant encore, les noms des candidats retenus pourraient être annoncés seulement quelques minutes avant l’ouverture du vote. Dans ces conditions, les étudiants seraient appelés à voter sans connaître à l’avance les profils des candidats ni leurs projets pour la communauté estudiantine.

« On nous demande de voter dans le noir. C’est la première fois que cela se produit dans cette université », confie un étudiant.

Le scrutin, prévu pour le 16 mars 2026, doit permettre l’élection des chefs de promotion, de leurs adjoints. Pourtant, à la veille de cette échéance, aucune liste officielle des candidats retenus ne serait encore rendue publique, alimentant les soupçons d’ingérence et de manipulation du processus.

Certaines voix évoquent également un climat de pression et d’intimidation. Plusieurs étudiants affirment que des responsables chargés de l’organisation des élections auraient parcouru certains auditoires pour mettre en garde les étudiants tentés de contester les règles imposées.

Selon ces témoignages, toute contestation pourrait être interprétée comme un acte d’indiscipline pouvant entraîner des sanctions académiques. Ces accusations n’ont pas été confirmées officiellement par l’administration universitaire.

Par ailleurs, certains candidats recalés affirment avoir été exclus pour des raisons liées à leur origine régionale, évoquant notamment une mise à l’écart de plusieurs étudiants originaires de l’espace Kasaï. Des accusations sensibles qui circulent sur le campus, mais qui restent difficiles à vérifier de manière indépendante.

Face à ces nombreuses controverses, une partie de la communauté estudiantine parle désormais ouvertement de « dictature électorale ». Pour ces étudiants, les règles imposées par la direction de l’université videraient le processus électoral de toute substance démocratique.

« Une élection sans candidats connus, sans campagne et sans recours n’est pas une élection. C’est une nomination déguisée », estime un étudiant candidat exclu par l’article 6.

Dans ce contexte de forte tension, plusieurs étudiants affirment vouloir porter leur contestation au-delà du campus. Les étudiants de cette université se préparent déjà à organiser un sit-in ce vendredi à la cité de l’OUA afin d’alerter directement le président de la République, Félix Tshisekedi, sur ce qu’ils considèrent comme une dérive autoritaire dans la gestion de leur université.

Selon certains témoignages recueillis sous anonymat, la rectrice Bayedila affirmerait bénéficier du soutien politique de la ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, Thérèse Sombo. « Elle dit être protégée par un bouclier politique et que personne ne peut l’atteindre », affirme un prétendant candidat à la présidence des étudiants, qui dit craindre des représailles après les menaces proférées récemment dans certains auditoires.

À l’UNISIC, université censée former les futurs professionnels de l’information et de la communication, beaucoup s’interrogent désormais sur la crédibilité d’un processus électoral dont les règles sont aujourd’hui fortement contestées.

Pour ces étudiants, l’enjeu dépasse la simple élection de représentants : il s’agit, disent-ils, de défendre les principes de transparence, de participation et de liberté qui devraient, selon eux, guider toute institution universitaire.

Benny Hill Lubunga

newnarratifrdc Créé en 2023, New Narratif RDC est un média en ligne de l'Ets. Groupe New NARRATIF RDC. Dans son traitement d’informations, New NARRATIF RDC accorde l’importance à l’image positive de la République démocratique du Congo et de ses institutions en vue de pérenniser le «CHANGEMENT DE NARRATIF »