UNISIC en deuil : 4 professeurs emportés en seulement 39 jours, une communauté académique sous le choc
L’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC, ex-IFASIC) ne pleure plus ses morts ; elle s’interroge, prostrée, sur le sens d’une hécatombe qui défie les statistiques. En l’espace de 39 jours seulement, quatre piliers du savoir ont été fauchés. Cette série noire, débutée dans la foulée de l’installation du nouveau comité de gestion en janvier 2026, installe un climat délétère sur la colline inspirée.
Entre les couloirs feutrés et les salles de cours, une question brûlante s’installe : comment une institution dédiée à la vie de l’esprit peut-elle devenir, en si peu de temps, le théâtre d'une telle détresse ?
Tout commence le 26 février 2026 avec le professeur Denis Nzokatu. Puis, tel un engrenage fatal, le professeur Makitu s'en va le 21 mars. La tragédie s’accélère brutalement cette semaine : le professeur Jean-Pierre Manuana Nseka rend l’âme le 6 avril, suivi, le lendemain 7 avril, par le décès inopiné du professeur Charles Mazinga. Quatre deuils en un battement de cils académique.
Cette accélération de la faucheuse coïncide étrangement avec un changement de paradigme administratif dont les échos, au sein du corps professoral, sont loin d'être sereins.
Depuis janvier, l’arrivée de la Rectrice Espérance Bayedila Bakanda aux commandes de l'UNISIC semble avoir inauguré une ère de ruptures. Si tout nouveau dirigeant apporte son style, celui-ci est décrit par beaucoup comme une gouvernance de fer, où la rigueur administrative semble avoir pris le pas sur la bienveillance académique. Dans les milieux informels de l’université, on murmure que certaines décisions, perçues comme brutales ou dénuées de considération humaine, auraient créé un choc systémique. Le stress, ce tueur silencieux, s'est-il invité à la table du nouveau comité de gestion ?
Le doute s'installe d'autant plus que l'université semble avoir perdu son âme protectrice. Comment ne pas s'interroger sur l'environnement psychologique et social dans lequel évoluaient ces éminents chercheurs avant leur dernier souffle ? Une administration peut-elle, par ses choix et son management, fragiliser ses propres remparts intellectuels ? À l’UNISIC, la coïncidence temporelle entre ces réformes controversées et la disparition des maîtres est une énigme que personne n'ose encore nommer tout haut, mais que tout le monde ressent avec effroi.
Ces enseignants n’étaient pas de simples fonctionnaires du savoir. Dénis Nzokatu, Makitu, Manuana Nseka et Charles Mazinga incarnaient l'histoire vivante de la communication en République Démocratique du Congo. Leur départ simultané crée un vide abyssal, une rupture de transmission qui ressemble à un sabordage involontaire. La communauté académique est sous le choc, non seulement par la perte de ses guides, mais par le sentiment que l'institution ne sait plus protéger ses « bibliothèques ».
L’année 2026, à peine entamée, s’annonce déjà comme celle de toutes les incertitudes. Le nouveau comité de gestion, qui devait incarner le renouveau et l'élan, se retrouve aujourd'hui face à un miroir brisé. La rectrice, dont les premiers pas étaient censés stabiliser la maison, voit son autorité se heurter à une réalité macabre. Peut-on diriger sereinement une élite lorsque celle-ci semble s'éteindre à petit feu sous le poids d'un climat devenu soudainement irrespirable ?
Dans cette atmosphère de fin de règne avant l'heure, un sentiment d'impuissance gagne les rangs des survivants. Le silence de la direction, au-delà des communiqués nécrologiques d'usage, alimente les doutes les plus sombres. La foi et l'espérance deviennent les derniers refuges d'une communauté qui ne comprend plus sa propre hiérarchie. On en appelle au divin pour éclairer les vivants, tant la lumière semble avoir déserté les bureaux du rectorat.
Il est temps de se demander si le prix des réformes engagées depuis janvier n'est pas devenu humainement insupportable. Une université n'est pas une caserne, encore moins une entreprise froide. C'est un corps vivant dont les membres les plus précieux sont les professeurs. Si le système mis en place par le nouveau comité de gestion conduit à une telle usure, n'est-il pas urgent de questionner la méthode avant que l'UNISIC ne devienne qu'un cimetière de talents ?
En ces heures de deuil national académique, nos pensées vont vers les familles, doublement éprouvées par la perte d'un être cher et par les interrogations persistantes qui entourent ces disparitions. Le respect dû aux morts exige que l'on s'occupe enfin des vivants. La communauté de l’UNISIC mérite plus que des larmes : elle mérite la vérité sur le climat qui règne en son sein.
Reposez en paix, illustres maîtres. Votre départ laisse une leçon amère : celle d'une institution qui, en voulant se moderniser sous une main de fer, a peut-être oublié l'essentiel : l'humanité de ceux qui la font exister. Le doute est désormais une ombre qui plane sur chaque décision du rectorat, et il faudra bien plus que des mots pour dissiper ce malaise qui ronge l'âme de l'ex-IFASIC.
Djembe Okwes Carlos depuis Bunia
