RDC : Le ministre de l’Entrepreneuriat promeut l’Artisanat Moderne comme un levier de croissance sous-estimé pour l'emploi
Lors du briefing animé ce mercredi 26 novembre 2025 à la RTNC, conjointement avec le ministre de la Communication et Médias, le ministre de l’Entrepreneuriat et Développement des PME, Justin Kalumba Mwana-Ngongo, a rendu publiques les lignes directrices d’une réforme nationale visant à transformer l'entrepreneuriat en véritable culture.
Au cœur de cette démarche se trouve l'idée d'un artisanat moderne qui prépare les futures cohortes à être des créateurs d'opportunités. M. Kalumba prône l’implantation d’au moins une grande école professionnelle dans chaque province, orientée vers les filières économiquement porteuses. Il s'agit de transposer la méthode d'apprentissage pratique et d'observation de l'artisanat traditionnel aux besoins technologiques et industriels contemporains, une stratégie jugée essentielle pour l'avenir de l'emploi en RDC.
L'Artisanat, un multiplicateur d'Emplois potentiel
L'artisanat, étendu aux métiers de services et de la transformation, représente déjà une part prépondérante de l'emploi informel en RDC. Néanmoins, sa formalisation et sa modernisation pourraient en démultiplier la capacité d'absorption. Des études comparatives menées par l'OIT (Organisation Internationale du Travail) sur des économies africaines estiment qu'un investissement ciblé dans les chaînes de valeur artisanales structurées pourrait générer de 5 à 10 emplois indirects pour un emploi direct créé dans une unité de production formalisée.
Sur la base de cette projection, et en considérant l'objectif d'accompagner la création de 10 000 à 20 000 entreprises artisanales formalisées par an, l'application de la stratégie gouvernementale pourrait théoriquement engendrer entre 30 000 et 100 000 emplois directs et indirects structurés par an. Ces chiffres dépendraient de la capacité à pérenniser chaque entreprise et à la doter des moyens techniques nécessaires.
Les freins à modernisation
Malgré ce potentiel prometteur, l'analyse sectorielle met en lumière deux freins majeurs à la concrétisation rapide de cette transition. Premièrement, le financement. L'efficacité du Fonds de Garantie de l'Entrepreneuriat au Congo (FOGEC), pilier du Crédit, est critiquement compromise par sa sous-capitalisation. Des sources indiquent que le fonds n'atteindrait même pas le milliard de dollars américains de capitalisation effective, ce qui limiterait drastiquement sa capacité à garantir des prêts pour l'achat d'équipements modernes, essentiels à l'artisanat.
Deuxièmement, la question de l'échelle de la formation. Bien que le ministre prône la création d'une école professionnelle par province, l'atteinte des objectifs d'emploi mentionnés nécessiterait également la réhabilitation massive et le rééquipement des centres de formation technique et professionnelle existants, dont l'état est souvent jugé insuffisant pour les standards de l'artisanat moderne.
L'Artisanat en sous condition d'Investissement
La stratégie de M. Kalumba est considérée comme visionnaire par les observateurs en identifiant l'artisanat moderne comme un vivier d’emplois formels. Cependant, l'ambition de structurer 100 000 emplois par an reposerait entièrement sur la rapidité avec laquelle l'État procèdera à la recapitalisation urgente et massive du FOGEC, ainsi qu'à l'investissement dans des infrastructures de formation professionnelle adéquates.
Selon les experts, l'artisanat peut devenir le pilier de la nouvelle classe moyenne congolaise, à condition que les moyens alloués au pilier "Crédit" passent d'une intention politique à une réalité budgétaire conséquente.
Christian Mutombo
