BCC : L’électrochoc du Professeur Sekimonyo contre « l’inertie monétaire »

28 Janvier 2026 - 00:00
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BCC : L’électrochoc du Professeur Sekimonyo contre « l’inertie monétaire »

Dans une lettre ouverte aux allures de manifeste stratégique dont notre rédaction a obtenu copie, l’économiste hétérodoxe Jo M. Sekimonyo, Chancelier de l’Université Lumumba, adresse une charge frontale au Gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC). L’analyse, d’une rigueur sans concession, dénonce une institution qu’il juge prisonnière d’une « superposition bureaucratique » et d’un manque criant de vision systémique. Pour le chercheur, l'architecture actuelle de la BCC, avec ses piliers et missions, ne serait qu'un décor administratif déconnecté des impératifs de transformation d’une économie congolaise en quête de souffle.

Le cœur du grief de Sekimonyo réside dans ce qu’il qualifie de « faille idéologique ». Il soutient que la BCC opère encore sous les logiciels d’une banque centrale de type colonial tardif, privilégiant une « sacralisation de la stabilité nominale » au détriment d'une dynamique de croissance.

Pour l'universitaire, le drame national n’est pas la rareté des ressources, mais l’absence d’une pensée économique souveraine capable de concevoir la monnaie comme un levier de modernisation. Il invite ainsi à une rupture avec les dogmes importés pour réinventer un modèle adapté à nos réalités.

Le fétichisme de la stabilité : Un anachronisme asphyxiant

Abordant la stabilisation macroéconomique, l'auteur la décrit comme un « paradigme daté ». Si cette approche répondait aux crises du XXᵉ siècle, Sekimonyo estime que l’ériger en finalité suprême dans une économie sous-industrialisée est un anachronisme. Il souligne que les grandes banques centrales mondiales — de la Fed à la BCE — ne se limitent plus à la surveillance des prix, mais mobilisent activement le crédit pour soutenir l’investissement et l’emploi, une stratégie dont la RDC resterait, selon lui, tragiquement exclue. « Une économie privée de capacités productives ne se stabilise pas durablement ; elle s’érode et finit par s’asphyxier », prévient-il.

L'analyse traite également de la mutation vers une économie scripturale. Le Professeur déplore que la RDC reste enchaînée au « prisme du cash » alors que les échanges mondiaux sont désormais dématérialisés. Il plaide pour la construction de « rails de paiement » nationaux, intégrés et souverains, indispensables pour relier les ménages et les entreprises à moindre coût. Sans cette infrastructure, il prévient que l’espace monétaire congolais demeurera une chasse gardée pour des acteurs privés étrangers, dont les priorités échappent au contrôle de l’État.

La monnaie comme ancre du futur et souveraineté intellectuelle

Le texte souligne avec force que « la valeur d’une monnaie se fonde sur son aptitude à structurer le temps économique ». En RDC, le franc congolais serait réduit à une fonction transactionnelle de court terme, poussant les agents vers une dollarisation de survie par manque de visibilité intertemporelle.

Pour Sekimonyo, la mission de la BCC doit dépasser la simple surveillance comptable pour conférer à la monnaie une utilité sociale, capable de porter l’épargne et les projets de vie des citoyens sur le long terme. Cette fragilité est aussi intellectuelle : l'auteur exhorte la Banque à devenir le cœur de l'identité économique nationale en investissant dans la recherche endogène, afin de ne plus dépendre de cadres analytiques importés et inadaptés.

L’économiste lie cette crise de vision à l’incapacité des ministères économiques — Finances, Économie et Budget — à formuler une trajectoire de création de richesse endogène. Il critique une gouvernance fragmentée, dominée par l’urgence technocratique de court terme. « La dédollarisation du secteur public apparaît comme un levier fondamental de crédibilité », insiste-t-il, rappelant que l’État, sous l'impulsion de décideurs tels que Doudou Fwamba, Daniel Mukoko Samba et Adolphe Muzito, doit être le premier utilisateur et garant de sa propre monnaie pour briser le cycle de la défiance systémique.

Vers une rupture avec la dépendance de Bretton Woods

Fustigeant la dépendance stratégique vis-à-vis du FMI et de la Banque mondiale, Sekimonyo regrette que la BCC ignore les évolutions de la pensée contemporaine qui réhabilitent la création monétaire endogène. Il propose de voir la monnaie non pas comme une ressource exogène à préserver par la contrainte, mais comme une capacité institutionnelle à orienter l’investissement souverain.

Selon lui, persister dans d'anciens modèles prive le pays d'outils de financement dont l'efficacité est pourtant documentée à l'échelle globale.

En conclusion, le Professeur Jo M. Sekimonyo rappelle que l'indépendance de la BCC ne doit pas se traduire par une neutralité contemplative face au projet national. Il appelle l’institution à assumer sa responsabilité stratégique pour réancrer l’économie congolaise dans une dynamique de modernisation productive. « Une banque centrale qui observe s’efface », martèle-t-il en clôture, invitant le Gouverneur Wameso à transformer la BCC en un pilier effectif de la souveraineté économique, capable de guider la nation vers son destin.

Guyvenant Misenge

newnarratifrdc Créé en 2023, New Narratif RDC est un média en ligne de l'Ets. Groupe New NARRATIF RDC. Dans son traitement d’informations, New NARRATIF RDC accorde l’importance à l’image positive de la République démocratique du Congo et de ses institutions en vue de pérenniser le «CHANGEMENT DE NARRATIF »