Bunia : deux ans après, le Centre de Coordination des Opérations de la Police (CCO), un pilier contre l’insécurité, fruit de la collaboration des autorités et de la MONUSCO

25 2025 - 19:12
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Bunia : deux ans après, le Centre de Coordination des Opérations de la Police (CCO), un pilier contre l’insécurité, fruit de la collaboration des autorités et de la MONUSCO

Le 13 décembre 2023 marquait une étape importante dans la lutte contre l’insécurité à Bunia : l’inauguration du Centre de Coordination des Opérations (CCO) de la Police nationale congolaise (PNC), construit et partiellement équipé par la MONUSCO. Deux ans après, cet outil stratégique continue de jouer un rôle majeur dans la sécurisation de la ville. « C’était pour répondre aux besoins sécuritaires de la population », explique le major Jean-Claude Mukendi Lupata, son responsable :

« Avant l’état de siège, il y avait beaucoup d’insécurité dans la ville de Bunia, beaucoup de viols, de meurtres de civils, de vols à mains armées, de braquages et de cambriolages… Il ne se passait pas un jour sans que l’on n’entende des cous de balles dans la ville », se souvient-il, du haut de son mètre 85, l’air un brin revanchard.

Situé au quartier Lumumba, dans la commune de Mbunya, le CCO est reconnaissable à ses couleurs bleu et blanc, emblématiques des Nations Unies. Il comprend deux bureaux, une salle des opérations et une pièce d’archivage équipée. La MONUSCO a également installé 12 lignes téléphoniques et fourni du matériel informatique, tandis que le gouvernement provincial a renforcé le dispositif avec 43 caméras de surveillance, deux véhicules Jeep et du carburant pour les patrouilles.

800 appels en moyenne par jour, 186 personnes mobilisées

Chaque jour, le CCO qui fonctionne 24 heures sur 24, reçoit en moyenne 800 appels et signalements. Mais « 90% des appels de jour sont ceux que nous qualifions d’intempestifs, c’est-à-dire n’ont rien à voir avec la sécurité. Parfois, des gens appellent, parce-que c’est gratuit, pour demander des unités, de l’argent, ou pour des choses qui n’ont rien à voir avec la sécurité », se précipite de signaler le major JC Mukendi. Pour le faire fonctionner, 186 personnes sont mobilisées quotidiennement, dont des patrouilleurs, des réceptionnistes pour le Call center, des informaticiens, etc.

Concrètement : « nous recevons les appels de la population et chaque appel est enregistré. Le numéro est d’ailleurs : 081-105- 00-13. Après la réception de l’appel, nous voyons le niveau, le degré et l’impact de l’appel ; c’est-à-dire que nous analysons le degré de sérieux de l’appel et s’il faut intervenir, on sait quelle est l’unité qui est plus proche de l’endroit où se situe l’appel et on oriente une intervention pour aider cette population qui est en détresse », explique le major Mukendi, dans un français impeccable, et qui se réjouit de l’impact « très positif » du CCO sur la sécurité de la population :

« Le Centre a considérablement aidé dans la sécurisation de la population. Actuellement, et dans tous les quartiers, aujourd’hui, il y a une sensibilisation avant sur le numéro vert [081-105- 00-13], tous les chefs de quartiers et d’Avenues ont été sensibilisés par rapport à l’utilisation du numéro vert, et c’est grâce à ça que nous recevons des feedbacks de la population, une fois que des gens ont appelé et que l’intervention de la Police a été faite, nous recevons des feedback positifs ».

Le cas de cette habitante du quartier Bankoko, l’un des plus « chaud » de la ville, qui explique :

« Il y a environ un mois, des bandits nous ont attaqués pendant la nuit. Ne sachant que faire, nous avons activé la sirène et appelé le numéro vert de la Police, qui a immédiatement répondu. Certains assaillants escaladaient le mur et d’autres étaient entrés dans l’enclos. Ils ont tiré des coups de feu, mais heureusement, l’unité d’intervention de la Police est arrivée rapidement après notre appel. Leur intervention nous a sauvés, sans elle, difficile d’imaginer ce qui aurait pu se passer. Nous avons subi quatre tentatives d’attaque et chaque fois, grâce à l’intervention de la Police, nous avons été épargnés. »

Appui de la MONUSCO et renforcement de la protection des populations

Le major Jean-Claude Mukendi L. dit être heureux de voir que la situation sécuritaire s’est largement améliorée dans cette agglomération de près de 2 millions d’habitants, prise en tenailles par les territoires d’Irumu et de Djugu, où des groupes armés restent actifs et contraignent des milliers de personnes déplacées à fuir vers Bunia, entre autres, pour se mettre à l’abri de leurs exactions.

Pour lui, l’appui multiforme de la MONUSCO à la Police nationale congolaise est bénéfique aussi bien à la PNC, qu’à la population qui a retrouvé la quiétude :

« L’appui de la MONUSCO, à travers sa Police civile (UNPOL), est vraiment positif pour nous, Police, d’abord. Avec UNPOL, nous avons mis en place la SOLIBU, Stratégie opérationnelle de lutte contre l’insécurité à Bunia. Ce que vous voyez ici [NDLR : CCO], c’est l’œuvre de la SOLIBU : lignes téléphoniques, le bâtiment lui-même, l’outil informatique… Il y a du carburant que nous recevons de la MONUSCO, des rations alimentaires pour les patrouilleurs… Nous bénéficions de nombreuses formations de UNPOL qui nous permettent de renforcer nos capacités : formations aux techniques d’enquêtes policières, la direction des enquêtes, la gestion des scènes de crimes, le maintien et le rétablissement de l’ordre public, la Police de Mines et des Hydrocarbures, des formations au droits et protection de l’Enfant, la protection civile et le secourisme, etc. », rappelle cet officier de Police.

Avec comme résultats :

« Ces différentes formations nous ont permis de changer radicalement nos méthodes de travail. La Police est devenue plus professionnelle et davantage respectueuse des droits humains. Nous avons désormais des bases solides pour remplir notre mission, et c’est la population qui est désormais mieux sécurisée. Finalement, et grâce à l’appui de la MOUSCO, le résultat est qu’il y a la paix aujourd’hui, dans la ville de Bunia », affirme le major Mukendi, qui ajoute un autre impact du Centre : « grâce au CCO, nous pouvons désormais contrôler le comportement de nos éléments sur le terrain à travers les vidéos de surveillance. Ce qui permet de limiter les bavures et les violations des droits humains qui pourraient être commises par certains éléments. Et c’est tout bénéfice pour la population ».

Le général Seguin Sengelwa Kyo, patron de la PNC en Ituri, confirme, tout heureux :

« Aujourd’hui, la ville de Bunia est sécurisée 24 heures sur 24 par la vidéo. Les délais d’intervention de la Police ont été raccourcis, les interventions se font beaucoup plus rapidement, ce qui permet de sauver des vies. Certes, le degré zéro n’existe pas en matière d ;’insécurité, mais par rapport à il y a deux ans, Bunia respire mieux aujourd’hui. »

Et c’est d’ailleurs le vœu exprimé par la général Johnny Luboya lors de l’inauguration du CCO, qui voyait en cet appui de la Mission onusienne une occasion de renforcer la sécurité de la population et de ses biens :

« Je sais que ce bâtiment avec tous les matériels qu’il comporte va nous faciliter la protection de la population ».

Des défis persistants

Cependant, le CCO fait face à certaines difficultés, mais qui ne l’empêchent pour autant pas d’effectuer son travail au profit de la population. Parmi celles-ci, figurent notamment : « l’insuffisance d’engins roulants : nous avons besoin de plus de véhicules pour les interventions. Il y a aussi l’état de la voirie dans certains quartiers qui freine les secours ; également, les perturbations des réseaux téléphoniques qui ne facilitent pas la communication, ou encore l’absence de rues et avenues baptisées pour arriver plus facilement aux lieux des incidents », détaille le major JC Mukendi.

Mais, pas de quoi tempérer l’optimisme du général Seguin Sengelwa : pour lui, le CCO était une nécessité qui a mis du temps à se concrétiser. Il apparaît comme un rempart essentiel contre l’insécurité : « Grâce à cet outil et à l’appui de la MONUSCO, Bunia respire mieux aujourd’hui ». Le numéro un de la PNC en Ituri dit être un « homme heureux », de voir qu’aujourd’hui, la ville de Bunia vit en paix ! Une paix toutefois perturbée en juin et juillet 2025 par une vague d’attentats qui ont secoué la ville, faisant plusieurs victimes parmi les civils.

Outre le renforcement des patrouilles (de la MONUSCO, des FARDC et de la PNC) dans la ville de Bunia, les autorités congolaises ont également déployé à Bunia une unité spéciale de l’armée (FARDC) appelée « Tigre », pour renforcer la sécurité des populations. A la grande satisfaction des habitants qui ont retrouvé leur quiétude et leurs habitudes.

Par ailleurs, « toutes les personnes impliquées dans les attentats de juin et juillet dernier ont été arrêtées et font face depuis quelques jours à la justice », renseigne le général Seguin Sengelwa. Il invite la population à collaborer davantage avec les forces de sécurité pour maintenir l’insécurité à des niveaux faibles, et de désolidariser des groupes armés, « car certaines personnes arrêtées et jugées actuellement à Bunia dans le cadre des attentats de cette année étaient hébergées par certains habitants, qui auraient de les dénoncer, plutôt que de les abriter », regrette-t-il.

JUVENAL BULEMO

newnarratifrdc Créé en 2023, New Narratif RDC est un média en ligne de l'Ets. Groupe New NARRATIF RDC. Dans son traitement d’informations, New NARRATIF RDC accorde l’importance à l’image positive de la République démocratique du Congo et de ses institutions en vue de pérenniser le «CHANGEMENT DE NARRATIF »