Finances publiques : Les Cinq confusions majeures révélées dans le rapport de la Cour des comptes
Le rapport de reddition des comptes pour l'exercice 2024, présenté le 10 novembre 2025 à l'Assemblée nationale par le premier président de la Cour des comptes, Jimmy Munganga, a engendré une polémique majeure. L'analyse des chiffres a révélé que l'institution, censée garantir la rigueur des finances publiques, a commis cinq confusions techniques fondamentales, exposant une méconnaissance des mécanismes élémentaires de l'exécution budgétaire de l'État. Ces approximations jettent un doute sérieux sur la crédibilité du contrôle exercé sur la dépense publique congolaise.
1. Confusion entre dépenses ordonnancées et fonds hors Trésor
La première confusion concerne l'affirmation selon laquelle 11 063 milliards de CDF, soit 32,9% des dépenses totales, auraient été exécutés sans ordonnancement.
Cette accusation ignore le circuit des financements externes. Les dépenses d’investissement financées par des partenaires (emprunts ou dons) ne transitent pas par le Compte général du Trésor. Elles sont directement allouées aux unités de projet. Par conséquent, leur absence dans la colonne de l'ordonnancement interne n'indique pas une illégalité, mais une méconnaissance du circuit budgétaire spécifique aux projets financés par les bailleurs de fonds.
2. Erreur de calcul et d'Assiette pour les dépenses d'urgence
Deuxièmement, la Cour a mal évalué les dépenses d’urgence, les chiffrant à 5 315 milliards CDF (15,8% des dépenses totales). Cette évaluation est entachée de deux erreurs méthodologiques.
La Cour a d'abord intégré dans son total un montant reporté de décembre 2023, sans lien avec l’exercice 2024. Ensuite, elle a utilisé le mauvais dénominateur en considérant l'ensemble des dépenses budgétaires (33 641 milliards CDF) au lieu du montant effectivement ordonnancé par le ministre des Finances (28 055 milliards CDF après déduction des financements extérieurs), faussant ainsi l'estimation du pourcentage réel.
3. Omission des Investissements des Entités décentralisées et Spéciales
Une troisième approximation concerne la sous-estimation de l’effort d’investissement national, la Cour n'ayant retenu que les 1 704 milliards CDF d’investissements du pouvoir central. Cette analyse est réductrice, car elle omet les investissements financés sur ressources propres par les provinces, le Fonds de Péréquation, ainsi que ceux provenant de la contrepartie des projets et des cessions d’actifs miniers. Cette omission démontre une méconnaissance de la structure globale et du périmètre des ressources dédiées à l'investissement en RDC.
4. Confusion entre le Stock et les flux annuels d'emprunt
Quatrièmement, la Cour a affirmé que l'emprunt sur le marché financier local s’élevait à 4 690 milliards CDF. Or, la Cour a confondu le stock total de la dette (bons et obligations du Trésor) avec l’encours annuel des émissions nettes pour l’exercice, que la Banque Centrale du Congo (BCC) chiffrait à 2 042 milliards CDF. L'institution de contrôle a extrapolé à partir du Compte général du Trésor, ignorant les données officielles et publiques de la BCC, entraînant une estimation totalement erronée de l’endettement annuel.
5. Erreur conceptuelle sur le calcul du déficit budgétaire
Enfin, la cinquième confusion, jugée élémentaire en comptabilité publique, concerne le calcul du déficit budgétaire. La Cour a intégré les emprunts dans les recettes de l'État. En mélangeant ainsi recettes et emprunts, elle a faussé la mesure du solde budgétaire intérieur et l'évaluation de l'endettement annuel. Ces erreurs conceptuelles révèlent une compréhension insuffisante de la mécanique budgétaire et soulignent un besoin urgent de renforcer la compétence technique à la direction de la Cour des comptes.
Nécessité de réforme et fragilisation de l'Autorité morale
Face à cette série d'approximations et de méconnaissances techniques, le rapport du premier président Munganga fragilise gravement l'autorité morale de la Cour des comptes.
Au lieu de servir d’instrument essentiel à la transparence, il a exposé l'institution au ridicule d’une entité incapable de maîtriser les notions qu'elle est censée contrôler.
Dans un pays qui exige une rigueur accrue dans la gestion de la dépense publique, il est impérieux de doter la Cour des comptes d’une direction à la hauteur des enjeux pour restaurer sa crédibilité et assurer un contrôle efficace des finances de la République.
Rédaction
