Rwanda-RDC : L’aveu diplomatique de Kigali devant le Congrès américain engage sa responsabilité internationale

25 Janvier 2026 - 16:29
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Rwanda-RDC : L’aveu diplomatique de Kigali devant le Congrès américain engage sa responsabilité internationale

Le 22 janvier 2026, l’ambassadrice du Rwanda aux États-Unis a franchi un seuil juridique majeur en reconnaissant officiellement, devant le Congrès américain, l’existence d’une « relation sécuritaire » entre son pays et le groupe armé AFC/M23. Pour les experts en droit international, cet acte dépasse la simple communication politique. Formulée par une autorité habilitée, cette déclaration est juridiquement attribuable à l’État rwandais. Comme le souligne la tribune de Me Prince Lukeka, cet aveu « engage l’État au regard du droit international et ne saurait être réduit à une posture politique », devenant un fait étatique opposable et permanent.

Cette reconnaissance explicite place le Rwanda en contradiction directe avec les principes de souveraineté et de non-intervention consacrés par l'Article 2 de la Charte des Nations Unies. En admettant ce lien fonctionnel avec un groupe opérant en République démocratique du Congo, Kigali valide les critères de « l'intervention indirecte ». La jurisprudence de la Cour internationale de Justice (CIJ), notamment l'arrêt Nicaragua contre États-Unis (1986), établit clairement que l’assistance ou le contrôle de forces irrégulières sur un territoire tiers constitue une violation flagrante des obligations internationales d'un État.

Pour justifier cette présence, le Rwanda invoque la menace des FDLR, mais ce motif peine à satisfaire aux exigences du droit positif. Selon l'Article 51 de la Charte de l'ONU, la légitime défense exige une réponse strictement proportionnée à une attaque armée imputable à un État. Or, le soutien à des groupes non étatiques n’est pas un mode d’exercice reconnu de ce droit. De plus, l'annonce d'un « retrait progressif » (drawdown) de cette relation confirme paradoxalement l'existence passée et actuelle de la pratique illicite, car en droit, « l’engagement à mettre fin à une pratique présuppose nécessairement l’existence de cette pratique ».

Pour la République démocratique du Congo, ce basculement change radicalement la donne diplomatique : le débat ne porte plus sur des allégations, mais sur des faits reconnus par l'auteur lui-même. « Le débat se situe désormais sur le terrain de la qualification juridique et des conséquences qui en découlent », affirme le juriste internationaliste. Cette nouvelle réalité impose une stratégie de redevabilité accrue, visant à transformer cet aveu en un levier pour la stabilisation durable de la région des Grands Lacs, en s'appuyant sur l'effectivité de la responsabilité internationale du Rwanda.


Christian Mutombo 

newnarratifrdc Créé en 2023, New Narratif RDC est un média en ligne de l'Ets. Groupe New NARRATIF RDC. Dans son traitement d’informations, New NARRATIF RDC accorde l’importance à l’image positive de la République démocratique du Congo et de ses institutions en vue de pérenniser le «CHANGEMENT DE NARRATIF »